Éric Branca bourre dans les brancards avec son livre L’Ami américain. La Bataille de Gaulle, diptyque d’Antonin Baudry ouvre les yeux. Respectueuse de ces œuvres, la Dys-Society a souhaité mettre sa pierre à l’édifice par une série de trois articles sur l’influence des Américains sur : La France, Mai 68 et l’Union Européenne.
Cet article se voulant principalement informatif et un travail de synthèse reprend littéralement les textes officiels américains traduits par Claude.IA. Explorant les sites .gov américains “archives.gov/”, “cia.gov/”, “history.state.gov et « whitehouse.gov/« , nous vous laisse maître de votre jugement.
Ce que vous retrouvez dans l’article
- Corpus. 10 documents officiels américains traduits, de 1947 à 2025. Ils montrent ce que les États-Unis ont attendu de la construction européenne, puis ce qu’ils lui ont reproché.
- 1947-1949 : le plan Marshall pousse à l’union. Avant de financer la reconstruction, Washington veut relire le plan des Européens et leur faire réduire leurs demandes, ce qu’il appelle lui-même « une forme de négociation ». En 1949, le responsable américain du plan Marshall demande aux Européens « rien de moins qu’une intégration » de leurs économies : un grand marché sans barrières (pièces 1 et 2).
- 1950 : un comité américain finance le mouvement européen. William Donovan, ancien chef des services secrets américains pendant la guerre, préside un comité privé qui soutient les partisans de l’Europe unie. Il rend compte de son action au directeur de la CIA : bureaux ouverts à Paris et à Londres, aides financières ciblées, et une campagne d’opinion lancée en Europe après ses échanges avec les dirigeants du Mouvement européen (pièce 3).
- 1954 : 100 millions de dollars pour le charbon et l’acier. Les États-Unis prêtent cette somme à la première communauté européenne, celle du charbon et de l’acier, alors présidée par Jean Monnet. Le motif écrit : encourager « le mouvement vers l’intégration européenne » (pièce 4).
- 1959 : Washington choisit les Six. L’Europe est alors divisée entre les six pays du Marché commun et sept autres, menés par le Royaume-Uni, qui préfèrent une simple zone de libre-échange. Les États-Unis soutiennent les Six pour leur projet politique ; les Sept leur reprochent de s’abriter derrière Washington (pièce 5).
- 1973-1974 : l’allié devient un rival. En 1973, Kissinger écrit au ministre français que rien ne se fera en Europe sans la France. Huit mois plus tard, en réunion fermée, il juge la politique française hostile et envisage de faire dépendre la défense de l’Europe de sa bonne volonté politique et économique, quitte à obliger les Européens à choisir entre Paris et Washington (pièces 6 et 7).
- 2002-2025 : le commerce comme rapport de force. En 2002, les États-Unis taxent l’acier importé. En 2025, l’accord commercial plafonne à 15 % les droits américains sur les produits européens ; en échange, l’Union s’engage notamment à acheter pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine, davantage d’armement, et à assouplir plusieurs de ses règles (pièces 8 et 9).
- 2025 : l’Union désignée comme un problème. La stratégie de sécurité nationale américaine range l’Union européenne parmi les causes du déclin de l’Europe. Elle se fixe pour objectif de « cultiver, au sein des nations européennes, la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe » (pièce 10).
Sommaire
1. Relèvement et intégration (1947-1959)
2. Rapport de force atlantique (1973-1974)
3. Commerce et doctrine (2002-2025)
1. Relèvement et intégration (1947-1959)

22 août 1947 — Département d’État : réunion sur le « plan » Marshall
Cadre : Levier financier ; orientation du plan européen de reconstruction ; union douanière.
1. […]
a. Le sentiment général a été que M. Clayton, tout en étant globalement au fait de la réflexion du Département sur le « Plan », a des vues fondamentalement divergentes sur certains aspects, notamment l’importance d’une union douanière pour l’Europe, l’importance primordiale des arrangements financiers et des arrangements multilatéraux de change, et son aversion pour un mécanisme européen permanent chargé de mettre en œuvre le plan de reconstruction européenne. Ces divergences de M. Clayton peuvent affecter fondamentalement la forme et l’acceptabilité du plan final présenté par les Européens. Il paraît essentiel que, dès que la position du Département sera clarifiée, tout soit fait pour aligner la pensée de M. Clayton sur la position clarifiée.
[…]
2. Le sentiment général a été qu’une « aide amicale » suffisante n’est pas apportée. Il paraît fondamentalement nécessaire que les nations européennes soumettent à une procédure de filtrage les rapports de comités en cours de présentation, en vue de réduire substantiellement les besoins d’aide qui y figurent et de faire davantage la preuve d’un effort de coopération. Cela reviendrait, en fait, à reporter sensiblement l’échéance actuelle du 1er septembre.
[…]
5. La discussion sur cette question a fait ressortir la nécessité d’une idée plus claire des modalités de présentation du plan européen au Congrès. Il paraît hautement souhaitable d’établir que le rapport initial des pays européens sera examiné par l’administration, et que d’autres questions seront posées aux Européens si, à notre avis, le plan n’est pas entièrement satisfaisant. Une telle démarche est, en fait, une forme de négociation, mais il semble impossible de l’éviter. Si le premier rapport des pays européens devait être transmis directement au Congrès, il est très probable que la meilleure décision possible ne sortirait pas du Capitole.
Acteurs
Charles H. Bonesteel III
Assistant spécial du sous-secrétaire d’État
Auteur
George F. Kennan
Policy Planning Staff
Intervenant
Renseignement : orientation politique de l’action clandestine (NSC 10/2, 1948)
Charles E. Bohlen
Conseiller du Département d’État
Intervenant
Charles Kindleberger
Secrétaire exécutif du comité sur le programme de relèvement européen
Intervenant
Renseignement : OSS (1942-1945)
Cités
William L. Clayton
Sous-secrétaire d’État aux affaires économiques
Robert A. Lovett
Sous-secrétaire d’État
Renseignement : Board of Consultants on Foreign Intelligence Activities (1956)
31 octobre 1949 — Hoffman devant le Conseil de l’OECE
Cadre : Levier financier ; l’intégration économique de l’Europe occidentale comme objectif de la politique américaine.
Le 31 octobre, l’administrateur de l’ECA, Paul G. Hoffman, s’est adressé au Conseil de l’OECE, à Paris, au sujet de l’attitude des États-Unis à l’égard de l’intégration politique et économique de l’Europe occidentale. […] Le programme approchant de la mi-parcours, l’administrateur de l’ECA a souligné que deux problèmes se posaient encore à l’organisation : d’abord, équilibrer les comptes en dollars de l’Europe afin qu’elle puisse acheter des matières premières, et ensuite (raison de la présence de Hoffman à Paris) « avancer sur un programme de grande portée visant à bâtir en Europe occidentale une économie plus dynamique, en expansion, qui promette une amélioration régulière des conditions de vie de tous ses habitants ». Cela signifierait « rien de moins qu’une intégration de l’économie de l’Europe occidentale ».
Pour atteindre ces objectifs, Hoffman a exposé une série de mesures à prendre par les pays participants. Des mesures, en particulier budgétaires, doivent être prises pour prévenir l’inflation, à laquelle les diverses dévaluations monétaires ont donné un nouvel élan. Un grand marché unique doit être formé, libre de restrictions quantitatives à la circulation des marchandises et de barrières monétaires aux flux de paiements. Les politiques budgétaires et monétaires nationales doivent être substantiellement coordonnées, et les taux de change ajustés. Les politiques et pratiques commerciales doivent être reconsidérées, afin d’éliminer les obstacles aux échanges au sein de la zone, qui compte 270 millions de consommateurs. Enfin, les arrangements entre groupes plus restreints de pays participants doivent être encouragés, pourvu que leurs dispositions soient en harmonie avec les possibilités plus larges de l’unité européenne et n’élèvent pas d’obstacles aux échanges nouveaux ou plus élevés que ceux qui existent déjà.
Hoffman a ensuite demandé que l’OECE élabore, d’ici au début de 1950, un plan qui soit à la fois un bilan des réalisations et un programme qui conduise l’Europe « bien avant sur la voie de l’intégration économique ». Le bilan des réalisations devrait comprendre la suppression des restrictions quantitatives aux échanges et l’élimination des doubles prix. Hoffman a souligné que l’enjeu élevé de la partie était la prospérité d’une Europe occidentale économiquement unifiée, objectif que le président Truman lui avait récemment réaffirmé comme étant la politique des États-Unis.
[…]
Le Conseil est convenu à l’unanimité, le 2 novembre, de s’engager « sans réserve » dans des mesures de mise en œuvre des propositions de Hoffman […]. Les pays membres devraient « adopter l’objectif » de supprimer, avant le 15 décembre, les restrictions quantitatives « sur au moins 50 pour cent de leurs importations totales pour compte privé en provenance des autres pays membres pris comme groupe […] ». […]
Acteurs
Paul G. Hoffman
Administrateur de l’Economic Cooperation Administration
Auteur
Cités
Harry S. Truman
Président des États-Unis

27 septembre 1950 — Donovan à Bedell Smith : l’American Committee on United Europe et le Mouvement européen
Cadre : Financement et influence politique ; soutien américain au Mouvement européen.
Depuis mon retour de Strasbourg, je souhaitais vous écrire, ainsi qu’aux autres administrateurs et membres de l’American Committee on United Europe, pour vous faire part des impressions que j’y ai recueillies et de la tâche que je vois devant nous. Je le fais parce que je crois qu’il y a eu des progrès vers la force et l’unité parmi nos alliés, et que votre soutien a compté.
L’Assemblée consultative de Strasbourg a trois réalisations à son actif. Premièrement, elle a adopté à une écrasante majorité la résolution de Winston Churchill appelant à une armée européenne. […] Deuxièmement, par un vote semblable, elle a adopté une résolution exigeant que toutes ses recommandations soient automatiquement inscrites à l’ordre du jour des débats des parlements nationaux. C’est un pas important, car il fait de l’Assemblée, en fait, une chambre basse pour toute l’Europe. […]
[…]
Constamment, dans leurs efforts pour établir une autorité limitée dotée d’un pouvoir réel, les nations du continent européen ont recherché l’appui, officiel et officieux, des États-Unis. […]
[…] Un groupe en France, sous la direction de Reynaud, Philip et Bidault, bénéficiant d’un fort soutien de l’industrie, prépare actuellement une campagne vigoureuse, qui doit se dérouler d’ici à la prochaine réunion de l’Assemblée consultative. […]
Le Mouvement européen lui-même a fait preuve d’une énergie égale. M. Spaak a maintenant repris à Duncan Sandys l’autorité exécutive du Mouvement. Il a déjà institué à Bruxelles un secrétariat international, qui s’est engagé dans une campagne générale de propagande consacrée aux points suivants : (a) une sélection plus représentative de l’Assemblée, (b) une autorité accrue pour l’Assemblée, (c) la nécessité d’une armée européenne.
Ceux d’entre nous, membres du comité exécutif, qui avons assisté à la réunion de l’Assemblée sommes parvenus à la conclusion suivante, que nous avons exposée franchement aux dirigeants du Mouvement européen. Nous avons observé que le Mouvement se jugeait manifestement si fort aux échelons politiques supérieurs des divers gouvernements qu’il n’aurait aucune difficulté à obtenir un accord plus rapide sur une forme précise d’autorité. […] En conséquence, ils n’avaient fait aucune tentative de fond pour s’assurer un soutien de masse auprès des peuples des pays concernés.
En partie à la suite de nos discussions avec ces dirigeants, ce point de vue a maintenant changé. Le Mouvement européen a lancé dans toute l’Europe une campagne d’éducation sur ses buts et ses objectifs. Il a décidé de s’adjoindre divers mouvements étudiants comptant plus de 85 000 membres. Il a entrepris d’enrôler les corps enseignants des universités, dont beaucoup sont désireux de faire progresser cette instruction de masse.
Je crois que, dans les prochains mois, nous pouvons faire beaucoup pour éveiller l’opinion publique nécessaire, ici comme à l’étranger, afin de franchir de nouvelles étapes vers la défense, la force et l’union de l’Europe.
En Europe, nous faisons tout pour soutenir et encourager ceux qui consacrent leur temps et leurs efforts à l’union. Nous ne pouvons évidemment pas, et ne devons pas, fournir tous les fonds nécessaires à leurs efforts. Nous pouvons fournir, et nous fournirons, de petits montants d’aide là où une aide est nécessaire pour lancer un programme que les Européens mèneront à bien, ou pour achever un programme pour lequel un soutien initial substantiel a été obtenu. Pour contribuer à ce programme, nous avons établi des antennes de l’American Committee on United Europe à Paris et à Londres.
Chez nous, outre que nous offrons une tribune au Premier ministre Schuman, nous faisons venir M. Spaak dans ce pays en janvier pour une brève tournée de conférences. […] Notre Comité compte plus d’un millier de membres, et il grandit. […]
Acteurs
William J. Donovan
Avocat ; écrit au nom de l’American Committee on United Europe
Auteur
Renseignement : directeur de l’OSS (1942-1945)
Walter Bedell Smith
Central Intelligence Agency ; directeur
Destinataire
Renseignement : directeur du renseignement central, CIA (1950-1953)
Cités
Paul-Henri Spaak
Chef de l’exécutif du Mouvement européen
Duncan Sandys
Prédécesseur de Spaak à la tête du Mouvement européen
Paul Reynaud
Animateur d’un groupe français favorable à l’union
André Philip
Animateur d’un groupe français favorable à l’union
Georges Bidault
Animateur d’un groupe français favorable à l’union
Winston Churchill
Auteur de la résolution sur l’armée européenne
Robert Schuman
Responsable français

5 janvier 1954 — Stassen à Dulles : prêt de 100 millions de dollars à la CECA
Cadre : Levier financier ; prêt américain à la Communauté européenne du charbon et de l’acier.
Cher Foster : Vous vous rappelez le contexte de l’entretien du Président avec Jean Monnet, de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, le 3 juin 1953, et sa lettre du 15 juin qui a suivi.
Les entretiens de suivi avec M. Monnet à Paris, pendant les réunions de l’OTAN, me conduisent à formuler la recommandation qui figure dans le mémorandum ci-joint.
[…]
Pièce jointe 1 — Projet de mémorandum au Président, du directeur de la Foreign Operations Administration.
[…] La législation actuelle donne l’autorité légale de consentir un tel prêt, et j’estime que nous disposerons d’un montant suffisant de monnaies européennes locales pour financer un prêt de 100 millions de dollars.
La demande totale pour la Communauté du charbon et de l’acier portait sur 400 millions de dollars sur une période de quatre ans, mais je ne crois pas qu’un prêt de cette ampleur soit nécessaire, ni qu’il doive être consenti.
[…]
Les fonds seront employés à l’amélioration de mines de charbon, de centrales électriques et de cokeries, ce qui renforcera la base de l’économie de l’Europe occidentale et améliorera sa capacité à financer sa propre défense ; et l’ensemble du projet encouragera le mouvement essentiel vers l’intégration européenne, hautement souhaitable en tant qu’élément de votre politique fondamentale.
[…]
Pièce jointe 2 — Projet de mémorandum pour le directeur de la Foreign Operations Administration.
Sur la recommandation du secrétaire d’État, du secrétaire au Trésor, du secrétaire à la Défense et du directeur du Bureau du budget, en sus de votre propre recommandation, vous êtes chargé de prendre les dispositions nécessaires pour consentir à la Communauté européenne du charbon et de l’acier un prêt d’un montant de 100 millions de dollars.
Le prêt sera à long terme et sera consenti en monnaies européennes détenues par les États-Unis […].
Acteurs
Harold E. Stassen
Directeur de la Foreign Operations Administration
Auteur
John Foster Dulles
Secrétaire d’État
Destinataire
Dwight D. Eisenhower
Président des États-Unis
Destinataire
Cités
Jean Monnet
Communauté européenne du charbon et de l’acier

13 décembre 1959 — Dillon et les Sept : le soutien américain à la CEE
Cadre : Levier politique et commercial ; soutien au « concept politique » des Six face à la zone de libre-échange.
Polto 1139. […] De la part de Dillon. Voici les points saillants de la discussion avec les représentants des Sept :
[…]
B. Les représentants des Sept ont souligné la grande portée économique, pour leurs pays, de la discrimination qui résultera du développement du Marché commun, et ont plaidé pour que les États-Unis comprennent les motivations qui ont conduit à la décision de créer l’AELE. Déclarant que l’existence même de leurs petites nations était en jeu, ils ont appelé à la sympathie, sinon au soutien, des États-Unis, faisant allusion à l’ironie d’une situation dans laquelle les amis des États-Unis au sein de l’AELE, qui ont traditionnellement suivi des politiques de bas tarifs et de commerce libéral, doivent plaider ne serait-ce que pour la neutralité des États-Unis.
C. […]
(3) Conscients du soutien des États-Unis aux objectifs politiques de la CEE, mais espéraient que cela ne signifiait pas que les États-Unis soutiendraient toujours les politiques économiques des Six lorsque celles-ci sont contraires à une large coopération européenne.
[…]
(10) Les Six se servent des États-Unis comme d’un bouclier derrière lequel ils refusent d’ouvrir des pourparlers, au motif que « cela ne plaira pas aux États-Unis ».
D. Dillon a fait les commentaires suivants :
1. A rappelé le fondement du soutien des États-Unis à la CEE, en soulignant l’insistance des États-Unis pour que les Six évitent le protectionnisme et développent une politique commerciale libérale.
2. A noté que les États-Unis n’avaient pas d’objection aux propositions initiales de zone de libre-échange paneuropéenne, bien qu’elles aient comporté une plus grande discrimination à l’encontre des États-Unis, pourvu qu’elles ne détruisent pas le concept politique des Six.
3. De même, les États-Unis n’ont jamais élevé la moindre objection contre les Sept, bien qu’ils estiment que la motivation est ici principalement économique, et ne voient pas pourquoi une scission politique de l’Europe devrait nécessairement résulter de la création de la CEE.
[…]
5. Les États-Unis n’accepteront pas n’importe quelle politique économique des Six, et l’ont clairement fait savoir. A mentionné les démarches américaines sur les produits de la liste G et sur la politique agricole commune.
6. Les États-Unis ne traiteront pas les Sept au GATT avec plus ou moins de rigueur que les Six.
7. N’élèveront pas d’objection à une zone de libre-échange plus large, si elle peut être réalisée sans bouleverser la CEE et en conformité avec le GATT. A toutefois souligné que l’opinion publique américaine est désormais très sensible à la discrimination commerciale à l’encontre des États-Unis, et pourrait être troublée par la discrimination accrue à l’encontre des États-Unis qu’implique inévitablement toute vaste zone de libre-échange européenne. Cela pourrait renforcer le sentiment protectionniste aux États-Unis, ce qui serait mauvais pour tous les intéressés.
[…]
F. […] les représentants des Sept ont répondu que le premier problème est de persuader les Six (en particulier les Français) que l’ouverture de pourparlers avec les Sept ne comporte pas de danger pour la CEE. Ils estimaient que c’est aux États-Unis d’entreprendre cette persuasion. […] Dillon a fait observer que cela posait un problème difficile, car il partageait le sentiment britannique selon lequel la relance de négociations sur une vaste zone de libre-échange n’est pas praticable à ce stade.
[…]
Burgess
Acteurs
C. Douglas Dillon
Sous-secrétaire d’État
Auteur
Renseignement : commission Rockefeller sur la CIA (1975)
W. Randolph Burgess
Mission auprès de l’OTAN et des organisations régionales européennes
Signataire
2. Rapport de force atlantique (1973-1974)

19 juillet 1973 — Kissinger à Jobert : l’« Année de l’Europe »
Cadre : Levier politique ; projet de déclaration atlantique et rôle de la France.
Cher Monsieur le Ministre,
J’ai lu attentivement votre récente lettre. […]
Je ne suis ni surpris ni exagérément troublé que vous ayez trouvé peut-être trop optimistes les deux documents de travail que je vous ai remis à San Clemente. Ils n’étaient pas conçus comme des projets achevés ; ils n’étaient pas non plus, en aucun sens, une position initiale de négociation. Ils étaient le début d’un effort commun pour établir des termes susceptibles d’être généralement acceptés par les parties concernées. […]
[…]
Nous avons, comme vous le savez, consulté certains de nos autres alliés sur le contenu d’une déclaration et sur les procédures pour l’achever. Je ne leur ai communiqué les textes que je vous avais remis à San Clemente qu’après être resté de nombreuses semaines sans nouvelles de vous, et aux mêmes conditions : il s’agissait de documents de travail destinés à faire avancer la discussion vers un résultat acceptable pour tous. Comme nous en avons informé votre ambassadeur, nous avons fourni les textes aux Britanniques et aux Allemands ; nous les avons maintenant également remis aux Italiens. […]
Notre seul but demeure le renforcement de l’Occident, à un moment où de nombreuses pressions et de nombreux dangers menacent de nous pousser dans la direction opposée. Par définition, ce but ne peut être atteint sans le consentement et la participation de tous les intéressés. Plus précisément, ni l’unité de l’Europe, que nous soutenons, ni la revitalisation des relations transatlantiques, que nous souhaitons l’un et l’autre, ne peuvent se réaliser sans le rôle moteur de la France. C’est sur cette base que j’ai conduit nos entretiens, et que je continuerai à le faire.
Je ne puis clore ce message sans faire entendre une note peut-être aussi pessimiste que celle que j’ai décelée dans votre propre lettre. Il me semble que nous souffrirons tous, et l’Europe peut-être plus que nous, s’il s’avère que nous pouvons tenir des conférences multilatérales et des réunions bilatérales, signer des accords et parvenir à des ententes avec l’Est, comme la CSCE, les MBFR, les SALT, etc., mais que nous sommes incapables de le faire entre nous. […]
Acteurs
Henry A. Kissinger
Assistant du Président pour les affaires de sécurité nationale
Auteur
Renseignement : Counter Intelligence Corps (1943-1946), puis président du 40 Committee
Michel Jobert
Ministre français des Affaires étrangères
Destinataire

11 mars 1974 — Kissinger et ses collaborateurs : relations avec l’Europe
Cadre : Levier militaire et politique ; engagement de défense américain comme moyen de pression sur les Neuf ; primauté du bilatéral.
Kissinger : […] il me semble que la déclaration de l’OTAN, telle qu’elle se présente aujourd’hui, et si nous la signons, est en réalité un instrument de la politique française. Elle obtient un engagement de sécurité des États-Unis, mais les éléments politiques et économiques dont nous avons toujours dit qu’ils étaient liés à l’engagement militaire en sont entièrement gommés.
[…]
Sonnenfeldt : Vous vous souvenez que j’ai dit la semaine dernière que nous devrions mettre de côté l’appareil politique de la CE et passer au bilatéral ?
Kissinger : Je suis d’accord.
[…]
Kissinger : Je n’en suis pas sûr. La politique française n’est pas seulement obstructionniste, elle est antagoniste : en Syrie, et ailleurs aussi. Ils sont organiquement hostiles aux États-Unis, et constituent désormais clairement la plus grande opposition mondiale à la politique étrangère américaine. Pourquoi leur donner une feuille de vigne avec la déclaration de l’OTAN ?
[…]
Kissinger : La question est de savoir ce qui produirait le plus grand choc chez les Européens. Qu’est-ce qui nous serait le plus utile ? […]
[…]
Kissinger : C’est notre carte la plus forte : dire qu’ils se sont mal conduits, que notre engagement de défense envers l’Europe dépend des relations politiques et économiques, et qu’ils doivent renforcer ces éléments s’ils veulent un engagement de sécurité.
[…]
Kissinger : Ce n’est pas ce que nous leur disons ; c’est ce que nous croyons. Ils sont plus hostiles de jour en jour ; chaque gouvernement européen pense maintenant qu’il doit rapporter immédiatement aux Français ce que nous lui disons, pour ne pas paraître se vendre à nous.
[…]
Kissinger : Ils ne cessent de dire que, s’ils sont forcés de choisir entre la France et les États-Unis, ils choisiront les États-Unis. Eh bien, peut-être devrions-nous leur donner ce choix maintenant.
[…]
Kissinger : Nous ne leur donnerons pas d’engagement militaire alors que nos relations politiques sont dans un état aussi lamentable. […] Nous n’avons jamais visé la jugulaire. Il est peut-être temps de le faire.
[…]
Kissinger : Je suis las d’une crise avec eux tous les six mois. Peut-être devrions-nous les acculer. Que feront-ils ? Que feront les Allemands ? Ils prendront leurs distances avec les Français et diront : voyez dans quoi ces maniaques nous ont entraînés.
[…]
Kissinger : Mais nous n’allons nulle part ; nous renforçons nos relations bilatéralement et avec l’Alliance, de fait, sans nous soucier d’une déclaration. En l’état actuel, les Européens obtiennent une défense gratuite et ne donnent rien en échange. Ils sont exactement comme un adolescent : ils veulent qu’on s’occupe d’eux et, en même temps, rouer de coups leurs parents. […]
[…]
Kissinger : Mais si nous ne le faisons pas, nous leur faisons une peur bleue, et ils feront preuve d’une extrême prudence avant toute nouvelle initiative sans consultation ; ils seront prudents dans leur proposition CE-pays arabes, et, dans le même temps, nous redoublons d’efforts, de fait, pour améliorer les relations au sein de l’Alliance.
[…]
Kissinger : […] Si nous continuons à nous réunir sur ce sujet, nous finirons peut-être par déclarer la guerre à l’Europe. […]
Acteurs
Robert Blackwill
Rédacteur du compte rendu
Rédacteur
Henry A. Kissinger
Secrétaire d’État
Intervenant
Renseignement : Counter Intelligence Corps (1943-1946), puis président du 40 Committee
Helmut Sonnenfeldt
Conseiller du Département d’État
Intervenant
Renseignement : Counter Intelligence Corps (1945-1946), puis INR (1952-1969)
Arthur A. Hartman
Secrétaire d’État adjoint aux affaires européennes
Intervenant
Winston Lord
Directeur de la planification politique
Intervenant
William Hyland
Directeur du Bureau of Intelligence and Research
Intervenant
Renseignement : CIA (1954-1968), puis directeur de l’INR (1974-1975)
George S. Springsteen
Secrétaire exécutif du Département d’État
Intervenant
Cités
Michel Jobert
Ministre français des Affaires étrangères
3. Commerce et doctrine (2002-2025)
5 mars 2002 — Message du président Bush au Congrès : mesure de sauvegarde sur l’acier
Cadre : Levier commercial ; mesure de sauvegarde sur les importations d’acier.
Conformément à l’article 203(b) du Trade Act de 1974, tel que modifié (la « Loi »), je transmets par la présente au Congrès les documents décrivant la mesure de sauvegarde que j’ai proclamée sur les importations de certains produits sidérurgiques, en vertu de l’autorité que me confèrent l’article 203(a)(1) de la Loi et ma qualité de président des États-Unis, ainsi que les raisons de cette mesure.
George W. Bush
La Maison-Blanche, 5 mars 2002.
Acteurs
George W. Bush
Président des États-Unis
Auteur
21 août 2025 — Déclaration conjointe États-Unis-Union européenne : accord-cadre commercial
Cadre : Levier commercial, énergétique et réglementaire ; engagements de l’Union européenne en contrepartie d’un plafond tarifaire.
Les États-Unis et l’Union européenne ont le plaisir d’annoncer qu’ils sont convenus d’un cadre pour un accord sur un commerce réciproque, équitable et équilibré (« accord-cadre »). […] Il traduit la reconnaissance par l’Union européenne des préoccupations des États-Unis, et notre détermination commune à résorber nos déséquilibres commerciaux et à libérer tout le potentiel de notre puissance économique combinée. […]
Les principaux termes sont les suivants :
1. L’Union européenne entend supprimer les droits de douane sur tous les produits industriels américains, et accorder un accès préférentiel au marché à un large éventail de produits de la mer et de produits agricoles américains […].
2. Les États-Unis s’engagent à appliquer aux marchandises originaires de l’Union européenne le plus élevé des deux taux suivants : le taux de la nation la plus favorisée (NPF) des États-Unis, ou un taux de 15 pour cent, composé du droit NPF et d’un droit réciproque. […]
3. Les États-Unis entendent veiller rapidement à ce que le taux, composé du droit NPF et du droit imposé en vertu de l’article 232 du Trade Expansion Act de 1962, appliqué aux marchandises originaires de l’Union européenne visées par des mesures au titre de l’article 232 sur les produits pharmaceutiques, les semi-conducteurs et le bois d’œuvre, n’excède pas 15 pour cent. […] Les États-Unis attendent que les propositions législatives de l’Union européenne soient conformes au présent accord-cadre et adoptées par les législatures nécessaires. […]
[…]
5. Les États-Unis et l’Union européenne s’engagent à coopérer pour assurer des approvisionnements énergétiques sûrs, fiables et diversifiés, notamment en traitant les obstacles non tarifaires susceptibles de restreindre le commerce bilatéral de l’énergie. Dans le cadre de cet effort, l’Union européenne entend acquérir du gaz naturel liquéfié, du pétrole et des produits d’énergie nucléaire américains, pour un volume d’enlèvement attendu d’une valeur de 750 milliards de dollars d’ici à 2028. En outre, l’Union européenne entend acheter pour au moins 40 milliards de dollars de puces d’IA américaines pour ses centres de calcul. L’Union européenne prévoit en outre de travailler avec les États-Unis à l’adoption et au maintien d’exigences de sécurité technologique alignées sur celles des États-Unis, dans un effort concerté pour éviter les fuites de technologie vers des destinations préoccupantes. Les États-Unis s’efforceront de faciliter ces exportations une fois ces exigences en place.
6. […] Dans ce contexte, il est attendu des entreprises européennes qu’elles investissent 600 milliards de dollars supplémentaires dans des secteurs stratégiques aux États-Unis d’ici à 2028. Cet investissement traduit le ferme attachement de l’Union européenne au partenariat transatlantique, et sa reconnaissance des États-Unis comme la destination la plus sûre et la plus innovante pour l’investissement étranger.
7. L’Union européenne prévoit d’accroître substantiellement ses achats d’équipements militaires et de défense auprès des États-Unis, avec le soutien et la facilitation du gouvernement américain. […]
[…]
10. Reconnaissant que la production des produits de base concernés sur le territoire des États-Unis présente un risque négligeable pour la déforestation mondiale, l’Union européenne s’engage à œuvrer pour répondre aux préoccupations des producteurs et exportateurs américains concernant le règlement de l’UE sur la déforestation, en vue d’éviter une incidence indue sur le commerce entre les États-Unis et l’UE.
11. Prenant note des préoccupations américaines relatives au traitement des petites et moyennes entreprises américaines dans le cadre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), la Commission européenne, outre le relèvement récemment convenu de l’exemption de minimis, s’engage à œuvrer pour introduire des flexibilités supplémentaires dans la mise en œuvre du MACF.
12. L’Union européenne s’engage à faire des efforts pour veiller à ce que la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) et la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD) n’imposent pas de restrictions indues au commerce transatlantique. […] L’Union européenne s’engage à œuvrer pour répondre aux préoccupations américaines concernant l’imposition des exigences de la CSDDD aux entreprises de pays tiers dotés de réglementations pertinentes de haute qualité.
[…]
17. Les États-Unis et l’Union européenne s’engagent à traiter les obstacles injustifiés au commerce numérique. À cet égard, l’Union européenne confirme qu’elle n’adoptera ni ne maintiendra de redevances d’utilisation des réseaux. Les États-Unis et l’Union européenne n’imposeront pas de droits de douane sur les transmissions électroniques. […]
[…]
Acteurs
États-Unis et Union européenne
Déclaration conjointe publiée par la Maison-Blanche
Auteur collectif
Novembre 2025 — Stratégie de sécurité nationale des États-Unis : l’Europe
Cadre : Doctrine ; orientation politique intérieure des nations européennes comme objectif déclaré.
Section II.2, p. 5.
Nous voulons soutenir nos alliés dans la préservation de la liberté et de la sécurité de l’Europe, tout en restaurant la confiance de l’Europe en sa civilisation et son identité occidentale ;
Section IV.2, p. 12.
[…] Nous nous opposerons aux restrictions antidémocratiques des libertés fondamentales, impulsées par les élites, en Europe, dans l’anglosphère et dans le reste du monde démocratique, en particulier chez nos alliés.
Section IV.3.C, p. 25-27.
C. Promouvoir la grandeur européenne
Les responsables américains ont pris l’habitude de penser les problèmes européens en termes de dépenses militaires insuffisantes et de stagnation économique. Il y a du vrai là-dedans, mais les véritables problèmes de l’Europe sont plus profonds encore.
L’Europe continentale perd des parts du PIB mondial, de 25 pour cent en 1990 à 14 pour cent aujourd’hui, en partie à cause de réglementations nationales et transnationales qui sapent la créativité et l’ardeur au travail.
Mais ce déclin économique est éclipsé par la perspective, réelle et plus saisissante, d’un effacement civilisationnel. Les problèmes plus vastes auxquels l’Europe est confrontée comprennent les activités de l’Union européenne et d’autres organes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, des politiques migratoires qui transforment le continent et engendrent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement de la natalité, et la perte des identités nationales et de la confiance en soi.
Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent sera méconnaissable dans 20 ans ou moins. Dès lors, il est loin d’être évident que certains pays européens auront des économies et des armées assez fortes pour rester des alliés fiables. Nombre de ces nations persistent et renchérissent aujourd’hui dans la voie qu’elles suivent. Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve confiance en sa civilisation, et qu’elle abandonne sa focalisation, vouée à l’échec, sur l’étouffement réglementaire.
[…]
[…] L’administration Trump se trouve en désaccord avec des responsables européens qui nourrissent des attentes irréalistes à l’égard de la guerre, juchés sur des gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup piétinent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition. Une large majorité européenne veut la paix, mais ce désir ne se traduit pas en politique, en grande partie du fait de la subversion des processus démocratiques par ces gouvernements. Cela est stratégiquement important pour les États-Unis, précisément parce que les États européens ne peuvent se réformer s’ils sont enlisés dans la crise politique.
[…]
La diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres à chaque nation européenne. L’Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau de l’esprit, et l’influence croissante des partis patriotiques européens donne en effet des raisons d’un grand optimisme.
Notre objectif doit être d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle. Nous aurons besoin d’une Europe forte pour nous aider à soutenir la concurrence avec succès, et pour œuvrer de concert avec nous afin d’empêcher tout adversaire de dominer l’Europe.
[…]
À long terme, il est plus que plausible que, d’ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l’OTAN deviendront majoritairement non européens. Dès lors, la question reste ouverte de savoir s’ils verront leur place dans le monde, ou leur alliance avec les États-Unis, de la même manière que ceux qui ont signé la charte de l’OTAN.
Notre politique générale pour l’Europe doit donner la priorité à :
— rétablir les conditions de la stabilité en Europe et la stabilité stratégique avec la Russie ;
— permettre à l’Europe de se tenir sur ses propres jambes et de fonctionner comme un groupe de nations souveraines alignées, notamment en assumant la responsabilité première de sa propre défense, sans être dominée par aucune puissance adverse ;
— cultiver, au sein des nations européennes, la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe ;
— ouvrir les marchés européens aux biens et services américains, et garantir un traitement équitable des travailleurs et des entreprises américains ;
— renforcer les nations saines d’Europe centrale, orientale et méridionale par les liens commerciaux, les ventes d’armes, la collaboration politique et les échanges culturels et éducatifs ;
— mettre fin à la perception, et empêcher la réalité, d’une OTAN en expansion perpétuelle ;
— encourager l’Europe à agir pour combattre les surcapacités mercantilistes, le vol de technologies, le cyberespionnage et d’autres pratiques économiques hostiles.
Acteurs
Maison-Blanche
Auteur collectif
Cités
Donald Trump
Président des États-Unis
Notices biographiques
Notices limitées aux personnes pour lesquelles une source institutionnelle atteste un passage dans un service de renseignement ou dans un organe de tutelle ou de contrôle de ces services ; les sources sont indiquées à la suite de chaque notice. L’absence de notice signifie seulement que les sources consultées n’en font pas état.
C. Douglas Dillon (1909-2003). Diplômé de Harvard (1931), C. Douglas Dillon fait carrière à Wall Street : il devient en 1938 vice-président et administrateur de la banque d’affaires Dillon, Read and Company, fondée par son père, qu’il préside par la suite. Après un service actif dans la marine, il est ambassadeur en France (1953-1957), sous-secrétaire d’État adjoint aux affaires économiques (1957-1958), sous-secrétaire d’État aux affaires économiques (1958-1959), puis sous-secrétaire d’État (juin 1959-janvier 1961). Républicain, il est secrétaire au Trésor de Kennedy et de Johnson (janvier 1961-31 mars 1965). En 1975, il est membre de la commission Rockefeller sur les activités de la CIA aux États-Unis.
Renseignement (organe de tutelle ou de contrôle) : Membre de la Commission on CIA Activities within the United States (commission Rockefeller), créée par le président Ford le 4 janvier 1975 et dont le rapport est remis en juin 1975. Source : fordlibrarymuseum.gov.
Sources : history.state.gov ; home.treasury.gov ; lbjlibrary.org ; news.harvard.edu.
William J. Donovan (1883-1959). Né en 1883 à Buffalo (New York), diplômé de Columbia College (1905) et de la Columbia Law School (1908), avocat, il combat en France pendant la Première Guerre mondiale et reçoit la Medal of Honor. Procureur fédéral à Buffalo (1922), puis assistant de l’Attorney General (1924-1929), il fonde en 1929 à New York le cabinet Donovan, Leisure, Newton & Irvine. Nommé Coordinator of Information par le président Roosevelt le 11 juillet 1941, il dirige l’Office of Strategic Services de sa création (13 juin 1942) à sa suppression (1945) et prend sa retraite avec le grade de Major General. Il est ensuite ambassadeur en Thaïlande (1953-1954) et meurt en février 1959.
Renseignement (a dirigé un service) : Coordinator of Information à partir du 11 juillet 1941, puis directeur de l’Office of Strategic Services (OSS) du 13 juin 1942 au 1er octobre 1945. Source : history.state.gov.
Sources : law.columbia.edu ; archives.gov ; history.state.gov ; ikn.army.mil.
William Hyland (1929-2008). Né à Kansas City (Missouri), il sert dans l’armée (1950-1953) et obtient un B.A. à Washington University (1952), puis un M.A. d’histoire à l’université de Kansas City (1954). Employé de la CIA de 1954 à 1968, spécialiste du Kremlin, il rejoint le personnel du National Security Council (1969-1974). Il dirige le Bureau of Intelligence and Research du Département d’État du 21 janvier 1974 au 24 novembre 1975, puis devient adjoint de l’assistant du Président pour les affaires de sécurité nationale, Brent Scowcroft (novembre 1975-janvier 1977). Il travaille ensuite pour plusieurs instituts de recherche et dirige la revue Foreign Affairs (1984-1993).
Renseignement (a dirigé un service) : Directeur du Bureau of Intelligence and Research (INR) du Département d’État, avec rang d’Assistant Secretary of State for Intelligence and Research (21 janvier 1974-24 novembre 1975), après avoir été employé de la CIA comme kremlinologue (1954-1968). Source : fordlibrarymuseum.gov.
Sources : history.state.gov ; history.state.gov ; fordlibrarymuseum.gov ; history.state.gov.
George F. Kennan (1904-2005). Diplomate de carrière du Foreign Service, chargé d’affaires à Moscou, il adresse en 1946 au Département d’État le « long télégramme » sur la politique extérieure soviétique. Deputy for Foreign Affairs au National War College (août 1946-juillet 1947), il dirige le Policy Planning Staff à partir du 5 mai 1947 et publie la même année dans « Foreign Affairs », sous la signature « X », l’article qui formule la politique d’endiguement. Conseiller (Counselor) du Département d’État (1949-1951), il est ambassadeur en Union soviétique en 1952, où il est déclaré persona non grata le 3 octobre, puis ambassadeur en Yougoslavie (1961-1963).
Renseignement (organe de tutelle ou de contrôle) : Directeur du Policy Planning Staff, il présente en mai 1948 le mémorandum proposant une direction de la guerre politique clandestine, recommande l’adoption de la directive NSC 10/2 (17 juin 1948), qui crée au sein de la CIA l’Office of Special Projects, et se présente le 6 août 1948 comme le représentant désigné du Département d’État chargé de lui fournir ses orientations politiques. Source : history.state.gov.
Sources : history.state.gov ; history.state.gov ; history.state.gov ; history.state.gov.
Charles Kindleberger (1910-2003). Né à New York en 1910, docteur de l’université Columbia (1937), il est économiste à la Federal Reserve Bank of New York (1936-1939), à la Banque des règlements internationaux à Bâle (1939-1940), puis au Board of Governors de la Réserve fédérale (1940-1942). Il sert à l’OSS de 1942 à 1945. Au Département d’État, il dirige la Division of German and Austrian Economic Affairs (novembre 1945-juin 1947), puis est conseiller pour le programme de relèvement européen (juin 1947-juillet 1948) et secrétaire exécutif du comité constitué le 25 juin 1947. Il enseigne l’économie au MIT de 1948 à 1981 et meurt le 7 juillet 2003.
Renseignement (a servi dans un service) : Économiste à la Research and Analysis Branch de l’Office of Strategic Services (OSS) de 1942 à 1945, détaché à Londres, puis, de juillet 1944 à juin 1945, à la section de renseignement (G-2) du 12e groupe d’armées américain. Source : trumanlibrary.gov.
Sources : trumanlibrary.gov ; history.state.gov.
Henry A. Kissinger (1923-2023). Né à Fürth (Allemagne), émigré aux États-Unis en 1938 et naturalisé en 1943, il sert dans le Counter Intelligence Corps de l’armée (1943-1946). Diplômé de Harvard (B.A. 1950, Ph.D. 1954), il y enseigne à partir de 1954 et travaille comme consultant pour plusieurs organismes gouvernementaux dans les années 1950 et 1960. Assistant du Président pour les affaires de sécurité nationale du 20 janvier 1969 au 3 novembre 1975, il est aussi secrétaire d’État du 23 septembre 1973 au 20 janvier 1977, sous Richard Nixon puis Gerald Ford. Prix Nobel de la paix en 1973, il préside la National Bipartisan Commission on Central America (1983-1984) et fonde le cabinet Kissinger Associates.
Renseignement (a servi dans un service) : Président du 40 Committee, organe d’approbation des actions clandestines, en qualité d’assistant du Président pour les affaires de sécurité nationale (NSDM 40 du 17 février 1970 ; fonction exercée de 1969 à 1975) ; auparavant membre du Counter Intelligence Corps de l’armée (1943-1946) et capitaine de la Military Intelligence Reserve (1946-1949) ; membre du President’s Foreign Intelligence Advisory Board à partir de 1984. Source : history.state.gov.
Sources : history.state.gov ; nobelprize.org ; history.state.gov ; history.state.gov.
Robert A. Lovett (1895-1986). Né à Huntsville (Texas), diplômé de Yale (1918), il sert dans l’aéronavale pendant la Première Guerre mondiale, puis devient associé de la banque Brown Brothers Harriman. Assistant spécial du secrétaire à la Guerre (décembre 1940), puis secrétaire adjoint à la Guerre pour l’air (1941-décembre 1945), il est sous-secrétaire d’État auprès de George C. Marshall (1er juillet 1947-20 janvier 1949). Secrétaire adjoint à la Défense (1950-1951), puis secrétaire à la Défense (17 septembre 1951-20 janvier 1953), il retourne chez Brown Brothers Harriman et siège, à partir de janvier 1956, au President’s Board of Consultants on Foreign Intelligence Activities.
Renseignement (organe de tutelle ou de contrôle) : Membre du President’s Board of Consultants on Foreign Intelligence Activities à partir du 13 janvier 1956. Source : history.state.gov.
Sources : history.state.gov ; history.defense.gov.
Walter Bedell Smith (1895-1961). Entré dans la garde nationale de l’Indiana en 1910, puis officier de l’armée régulière, il est chef d’état-major du général Eisenhower au quartier général allié en Afrique du Nord (1942-1944), puis au SHAEF (1944-1945). Ambassadeur en Union soviétique (avril 1946-décembre 1948), il commande la Première armée (1949-1950), puis est Director of Central Intelligence du 7 octobre 1950 à février 1953 ; la lettre de William J. Donovan, datée du 27 septembre 1950, est jointe à un envoi du 13 octobre 1950. Sous-secrétaire d’État du 9 février 1953 au 1er octobre 1954, il quitte alors le service actif de l’État et siège ensuite dans plusieurs comités consultatifs présidentiels, notamment sur le désarmement. Il meurt en 1961.
Renseignement (a dirigé un service) : Director of Central Intelligence, à la tête de la CIA, du 7 octobre 1950 à février 1953. Source : history.state.gov.
Sources : history.state.gov ; eisenhowerlibrary.gov ; eisenhowerlibrary.gov ; history.state.gov.
Helmut Sonnenfeldt (1926-2012). Né à Berlin, scolarisé en Angleterre à partir de 1938, il arrive aux États-Unis en 1944. Incorporé dans l’armée américaine, il sert en Allemagne comme agent spécial du Counter Intelligence Corps (1945-1946). Après des études à l’université Johns Hopkins (1947-1950) et à la School of Advanced International Studies (1951-1952), il entre au Bureau of Intelligence and Research du Département d’État, où il travaille sur l’Union soviétique (1952-1969). Membre du personnel du National Security Council auprès de Henry Kissinger (janvier 1969-janvier 1974), il est conseiller (Counselor) du Département d’État du 7 janvier 1974 au 21 février 1977, puis chercheur invité à la Brookings Institution.
Renseignement (a servi dans un service) : Agent spécial du Counter Intelligence Corps de l’armée en Allemagne (1945-1946), puis fonctionnaire du Bureau of Intelligence and Research (INR) du Département d’État : Division of Soviet Research (1952-1961) et bureau chargé de la politique étrangère soviétique (1961-1969). Source : adst.org.
Sources : history.state.gov ; history.state.gov ; history.state.gov ; history.state.gov.
Sources
- 22 août 1947 — Département d’État : réunion sur le « plan » Marshall. Foreign Relations of the United States, 1947, vol. III, document 223, p. 369-372 ; cote 840.50 Recovery/8–2247 ; mémorandum du lieutenant-colonel Charles H. Bonesteel III, assistant spécial du sous-secrétaire d’État (Lovett), secret, [Washington, non daté], procès-verbal de la réunion du 22 août 1947, 15 h (présents : Bohlen, Kennan, Gross, Hickerson, Jackson, Kindleberger, Swihart, Bonesteel). Passages retenus : points 1.a, 2 et 5. history.state.gov
- 31 octobre 1949 — Hoffman devant le Conseil de l’OECE. Foreign Relations of the United States, 1949, vol. IV, Western Europe, document 260, p. 438-440 ; note éditoriale sur le discours de Paul G. Hoffman, administrateur de l’Economic Cooperation Administration, devant le Conseil de l’OECE, Paris, 31 octobre 1949 (ECA Telegram Files, FRC Acc. No. 53A278, Paris Repto). Passages retenus : alinéas 1 (extraits), 2, 3 et 7 (extraits). history.state.gov
- 27 septembre 1950 — Donovan à Bedell Smith : l’American Committee on United Europe et le Mouvement européen. Lettre de William J. Donovan (cabinet Donovan Leisure Newton Lumbard & Irvine, New York) au général Walter Bedell Smith, Central Intelligence Agency, datée du 27 septembre 1950 (pages 2 et 3 datées du 26 septembre), jointe à une lettre du 13 octobre 1950 ; CIA Reading Room, cote CIA-RDP80B01676R002500050002-0, 6 pages, déclassifiée le 30 décembre 2008, avec passages expurgés. Passages retenus : alinéas 1, 2 (extraits), 4 (première phrase), 5 (extrait), 6, 7 (extraits), 8, 9, 10 et 11 (extraits). Le texte en ligne est issu d’une reconnaissance de caractères ; la traduction suit le texte lisible. cia.gov
- 5 janvier 1954 — Stassen à Dulles : prêt de 100 millions de dollars à la CECA. Foreign Relations of the United States, 1952–1954, vol. VI, Western Europe and Canada, partie 1, document 191, p. 349-351 ; RA files, lot 58 D 374, « CSC Loan Negotiations » ; lettre du directeur de la Foreign Operations Administration (Stassen) au secrétaire d’État, Washington, 5 janvier 1954, avec deux projets de mémorandums. Passages retenus : lettre (deux premiers alinéas) ; pièce jointe 1, alinéas 3, 4 et 6 ; pièce jointe 2, alinéas 1 et 2 (extrait). history.state.gov
- 13 décembre 1959 — Dillon et les Sept : le soutien américain à la CEE. Foreign Relations of the United States, 1958–1960, vol. VII, partie 1, Western European Integration and Security, Canada, document 86, p. 201 et suivantes ; Department of State, Conference Files, lot 64 D 560, CF 1547 ; Confidential ; télégramme Polto 1139 de la mission auprès de l’OTAN et des organisations régionales européennes au département d’État, Paris, 13 décembre 1959, 13 h, « De la part de Dillon », signé Burgess ; entretien du 12 décembre avec les représentants des Sept (Suède, Suisse, Norvège). Passages retenus : points B, C (3) et (10), D (1 à 3 et 5 à 7) et F (extraits). history.state.gov
- 19 juillet 1973 — Kissinger à Jobert : l’« Année de l’Europe ». Foreign Relations of the United States, 1969–1976, vol. E–15, partie 2, Documents on Western Europe, 1973–1976 (seconde édition révisée), document 24 ; National Archives, Nixon Presidential Materials, NSC Files, Kissinger Office Files, Box 56, Country Files, Europe, General, French Exchanges (2 of 2) ; Top Secret, Immediate, Sensitive, Exclusively Eyes Only ; message WH31863 de l’assistant du Président pour les affaires de sécurité nationale (Kissinger) au ministre français des Affaires étrangères (Jobert), Washington, 19 juillet 1973, 22 h 50 Z. Passages retenus : alinéas 1 (première phrase), 2 (extrait), 6 (extrait), 7 et 8 (extrait). history.state.gov
- 11 mars 1974 — Kissinger et ses collaborateurs : relations avec l’Europe. Foreign Relations of the United States, 1969–1976, vol. E–15, partie 2, Documents on Western Europe, 1973–1976 (seconde édition révisée), document 52 ; National Archives, RG 59, Records of the Office of the Counselor, Helmut C. Sonnenfeldt, 1955–1977, Entry 5339, Box 4 ; Secret, Nodis, Eyes Only ; mémorandum de conversation, bureau du secrétaire d’État, Washington, 11 mars 1974, 12 h 15 (participants : Kissinger, McCloskey, Sonnenfeldt, Hartman, Lord, Hyland, Eagleburger, Springsteen). Passages retenus : douze interventions, coupes signalées. history.state.gov
- 5 mars 2002 — Message du président Bush au Congrès : mesure de sauvegarde sur l’acier. The White House, Office of the Press Secretary, « Message to the Congress of the United States », 5 mars 2002 ; archives de la Maison-Blanche de l’administration George W. Bush. Texte intégral du message. georgewbush-whitehouse.archives.gov
- 21 août 2025 — Déclaration conjointe États-Unis-Union européenne : accord-cadre commercial. The White House, Briefings & Statements, « Joint Statement on a United States-European Union Framework on an Agreement on Reciprocal, Fair, and Balanced Trade », 21 août 2025. Passages retenus : préambule (extraits) ; points 1 (première phrase), 2 (première phrase), 3 (extraits), 5, 6 (extrait), 7 (première phrase), 10, 11, 12 (extraits) et 17 (extrait), sur dix-neuf points. whitehouse.gov
- Novembre 2025 — Stratégie de sécurité nationale des États-Unis : l’Europe. The White House, National Security Strategy of the United States of America, novembre 2025. Passages retenus : section II.2, troisième puce (p. 5) ; section IV.2, « Protection of Core Rights and Liberties », dernière phrase (p. 12) ; section IV.3.C, « Promoting European Greatness » (p. 25-27), alinéas 1 à 4, 7 (extrait), 9, 10 et 12, puis liste intégrale des priorités. whitehouse.gov



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