Finalement, davantage que le coming out à l’envers, le film de Guillaume
Gallienne (Les garçons et Guillaume, à
table !) est enthousiasmant par son portrait de LA grande bourgeoise. Une
grande bourgeoise qui, à l’écran a souvent été soit idéalisée, soit caricaturée.
Le cinéma italien l’a magnifiée et mythifiée même si elle est toujours présentée comme un fascinant tombeau. Deneuve, la grande bourgeoise de Mauro Bolognini, les incarnations de Silvana Mangano chez Pasolini (Théorème) ou Visconti (Mort à Venise, Violence et Passion) sont évanescentes, romanesques et damnées. En 2009, l’italien Guadagnino met en scène une grande bourgeoise milanaise d’origine russe par qui le scandale arrive, au destin slave et tragique (Io sono l’amore).
Le cinéma français a préféré la moyenne bourgeoisie à la grande pour laquelle il ressent stupeur et effroi… Plus abordable est celle qui traine son mal de vivre dans des cafés enfumés cernés par la pluie (Claude Sautet). La grande bourgeoisie est traitée chez Chabrol mais elle est plutôt provinciale et trompe l’ennui en s’entretuant en famille. Heureusement il y a Sagan chez qui la bourgeoise (Deneuve encore) s’autorise à être rêveuse, nonchalante, très dilettante, entretenue par un grand bourgeois (Piccoli, magnifique) tout aussi idéalisé, fortuné, cultivé et mélancolique (La Chamade).

Belle de jour, Luis Bunuel, 1967.
La grande bourgeoise contemporaine française est caricaturée, souvent ridicule dans des comédies françaises plus ou moins récentes, ou malheureuse dans certains films dramatiques, tous sonnent plus faux qu’un concert de casseroles. Décrire justement une classe sociale est une des choses les plus ardues qu’il soit.
Pourtant n’oublions pas le déclin mélancolique d’une grande famille aristocratique traitée à la télévision dans Au Plaisir de Dieu, mais d’Ormesson était à l’écriture et il savait de quoi il parlait. Justement, personne ne parle mieux d’un milieu que celui qui en est issu ou celui qui l’a longuement fréquenté. Et chez Gallienne, la grande bourgeoise, c’est maman ! Et avec quelle justesse il incarne ce personnage jusque dans sa respiration… L’important finalement c’est le souffle. Elle lit des romans Harlequin sur son lit, passe sa vie pendue au téléphone à organiser sa vie familiale et mondaine, jure comme un charretier et prie son fils de « lui foutre la paix ». Elle n’a pas le temps de l’écouter, elle est « débordée » et a donc décidé, à vue d’œil, qu’il a plutôt l’air homosexuel. Elle l’appellera donc « ma chérie » pendant des années. Elle est la meilleure incarnation de la bourgeoise vue depuis longtemps au cinéma. Tout y est : la façon de s’habiller, de fumer, de tenir sa tête les intonations de voix, la gestuelle, cette façon de ne pas avoir le temps, d’être amène et mondaine et la seconde qui suit cinglante et arrogante : une perfection.

Guillaume Gallienne dans Les garçons et Guillaume à table. 2013.
Kristin Massa




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