A un moment ou notre Président de la République « annonce » son tournant libéral (à 180 degré !) après avoir dénoncé « le monde de la finance » comme son ennemi principal pendant sa campagne, se plonger dans le livre de Flore Vasseur c’est approcher l’idée que plus rien n’a d’importance ni de conséquence, que ce soit par ce que l’on dit, ce que l’on promet, ou ce que l’on fait.
Pour son dernier livre de fiction En bande organisée, Flore Vasseur, auteur remarqué par la Nar de Comment j’ai liquidé le siècle, part d’un postulat non fictionnel : le bidouillage des comptes grecs pour atteindre artificiellement les règles d’adhésion à l’euro organisé par une banque nommée Folman Pachs. Elle décrit amèrement mais avec jubilation une France au bord de la perte de contrôle des finances publiques, « un cauchemar de technocrate » qui ne tient que grâce à des taux d’intérêts maintenus faibles. Elle évoque le sort des nations qui passe des Parlements aux conseils d’administration de multinationales aussi riches, voire plus, que les Etats et surtout beaucoup plus rapides et fluides dans leur capacité de décision, l’extrême solitude morale de ces hommes aux sommets, comme celles des journalistes d’investigation soupçonnés d’échafauder des théories du complot par une presse, dernier rempart des pouvoirs en place. Elle décrit également cette véritable population de journalistes dont le nombre va grandissant avec pour corollaires des situations professionnelles extrêmement précaires et des formations de « petits soldats du journalisme »[1], obsédés par l’occupation de l’espace, jonglant entre les partenariats, les échanges marchandises, les annonceurs, et le marketing de soi, qui se contentent de développer une pensée sans risque. Et puis elle esquisse une parodie des hauts fonctionnaires qui « récitent la liste des départements à l’envers pour s’endormir », ne doutent jamais d’eux-mêmes ni de leur avenir, parvenus moins par talent que par observation scrupuleuse des règles.
Quand ça fait pschitt
Mais ce dont elle parle avant tout, c’est de la « catatonie » qui frappe les populations, d’une « vérité (qui) n’a aucune valeur, où tout est une question de « bonne histoire à raconter ». C’est sans doute d’ailleurs cela le danger ultime : l’impunité souveraine et despotique, la dévalorisation de tout acte et de tout propos. Elle ajoute « c’est moins le hold up de la finance qu’une démission, par intérêt personnel, du politique ». Clara la journaliste qui a tenté de jouer les lanceurs d’alerte ne sera pas un paria bien longtemps, elle ne sera pas sanctionnée mais « mise en congé », car bien entendu il ne s’est juste rien passé, « les français continuèrent à râler devant la télé et la presse à canarder le pouvoir en étouffant la moindre alternative ». Pschitt.
Flore Vasseur, c’est vraiment une emmerdeuse. Un jet d’eau froide rafraichissant dans un torrent d’eau tiède.
Penser le changement
Pour contrer des élites qui préfèrent « changer le pansement » plutôt que de « penser le changement » (Pierre Dac !), Bruno Gaccio vient de produire un petit opuscule Petit manuel de survie à l’intention d’un socialiste dans un diner avec des gens de gauche. Le titre parle de lui-même et le contenu tient sa promesse : pertinent et drôle.
Il y suggère différents cas d’école de diners au cours duquel un socialiste devrait justifier son parti et ses actions face à des gens de gauche sincères et forcément déçus. Il nous décrit une Allemagne dont les ressortissants auraient subi le traitement de la grenouille ébouillantée délicatement et imperceptiblement. En effet, une grenouille plongée dans l’eau bouillante, choquée, saute immédiatement. Il avance que les accords Hartz I, puis II et III, et surtout le IV, (dont François Hollande fait aujourd’hui l’éloge) ont plongé les allemands dans une eau tiède, dont la température est montée petit à petit. Maintenant que l’eau bout et qu’ils vont être ébouillantés, ils sont paralysés.
Il a également lancé un mouvement politique : Nouvelle donne (référence au New Deal de Roosevelt) avec l’économiste Pierre Larrouturou et le sociologue Edgar Morin, entre autres qui avance 20 propositions de programme qui remettent profondément en cause le fonctionnement européen. Cela va-t-il encore faire pschitt comme le suggère une défaitiste journaliste de Télérama ?
Einstein
disait « c’est pure folie que de faire sans arrêt la même chose et
d’espérer un résultat différent ». La folie touche ainsi largement les
membres de notre élite qui promettent l’intenable en refusant de modifier les
règles de l’échec. Toutes les démarches de la société civile sont donc bonnes à
prendre et à encourager, à partir du moment où, tout le monde le sait, ce sont
les petits ruisseaux qui font les grandes rivières.
Kristin Massa
[1] Les petits soldats du journalisme de François Ruffin. Edition Les Arènes, 2003




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