Un gentleman-concierge-gigolo gère le Grand Budapest Hotel, au fin fond de Zubrowska, pays imaginaire de la Mittel Europa des années 30. Il s’occupe très bien de ses clients, particulièrement de ses vieilles clientes, et se montre plein de réticence face à la montée d’officiers à la mine patibulaire qui ne cessent de demander ses papiers à Zéro, le petit groom d’origine indienne, son protégé. Puis, il hérite d’une de ses (vieilles) clientes ce qui lui vaut quelques ennemis et des aventures en cavalcades. Bon l’intrigue n’a aucun intérêt…
Le film a certes beaucoup pour plaire car il est… séduisant. Wes Anderson, le réalisateur, est devenu une référence au sein d’un genre qu’il a lui-même créé : le film vintage. Vendu pour ce qu’il est, le film est le résultat d’une créativité débridée qui s’apparenterait aux petites boites surréalistes de Joseph Cornell (redécouvert récemment au musée des Beaux-Arts de Lyon) ou celles, nostalgiques, de Charles Matton. En ce sens, il est un spectacle permanent d’une richesse et d’une inventivité exceptionnelle pour les yeux. Des gâteaux à la crème très utiles pour s’évader, des descentes de luges, des passerelles entre les montagnes, l’étourdissement, la chute, un hôtel aux multiples surprises qui passe de l’opulence début de siècle au style soviétique…

Il est aussi un véritable bréviaire du snobisme hollywoodien car toutes les stars en vogue du moment s’y bousculent, de la française Léa Seydoux à la super icone écossaise Tilda Swinton et pour les hommes : la plupart des incontournables (Ralph Fiennes, Edward Norton, Mathieu Amalric, Jude Law, Adrien Brody, William Dafoe, Harvey Keitel et j’en passe).

Malheureusement, le film pâtit des ressorts de la séduction facile : du bagout plein les yeux mais on se maintient en surface. Sa peinture d’un monde en disparition se réduit à une suite de vignettes ultra décoratives, rythmées et plaisantes qui tiennent surtout de la bande dessinée d’avant celle qui nous bluffe aujourd’hui par ses qualité éditoriales. Les personnages sont des archétypes à peine définis, davantage des personnages d’opérette, sans existence charnelle ou émotionnelle, dont on reste parfaitement à distance.
Encre une fois, cela dépend ce que l’on veut en faire. Cependant, certains réalisateurs, comme Ernst Lubitsch, ont su allier légèreté et profondeur. C’est d’ailleurs souvent cette qualité, rare, qui pérennise une œuvre.
Le tout petit problème est justement cela : le film est présenté par la critique comme un chef d’œuvre qui tiendrait du Monde d’hier de Stefan Zweig dont le réalisateur, se réclame ouvertement. Et là on dit Nein pour le monde d’hier. Ou Niet pour le monde d’après. Les références à la Mittel Europa, à la fin d’une époque, celle des grands empires, et à la montée du nazisme tant vantées par les critiques sont très, très légères…
Ce sont les bulles de champagne sans le vin, bizarrement cela a l’air de suffire à beaucoup. Comme une propension à ne pas attendre trop du cinéma… ah oui c’est ça : « à refuser de se prendre la tête ».




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