Ce texte a pour but de présenter concrètement l’organisation d’une COP à partir de la synthèse obtenue par l’expérience d’un étudiant ayant participé à la COP27 qui s’est tenue en Egypte au mois de novembre 2022. Il a pour vocation de servir de « guide pratique » aux personnes qui se rendraient à une COP en qualité d’observateur pour les Nations Unies afin de préparer, d’orienter, de diriger leur appréhension d’un évènement qui, à bien des égards, peut sembler intimidant. Les COP en effet, par la profusion d’enjeux, d’évènements et d’acteurs qui les animent, ont ceci en commun avec les autres grandes instances de négociations internationales : elles se révèlent être de véritables arènes politiques. Aucun cours théorique ne peut pleinement préparer à l’agitation qui y règne. Soyons honnêtes : pour s’en faire une idée fiable, rien ne peut remplacer l’expérience de terrain. Une fois cet aveu d’impuissance fait, il convient néanmoins de s’y préparer au mieux. Pour se faire, il est intéressant de « cartographier » une COP en faisant une description aussi fidèle que possible des évènements qui s’y déroulent et des interlocuteurs qu’on peut y croiser. Nous ferons un dernier avertissement : ce travail de synthèse demeure avant tout le fruit d’une expérience individuelle. S’il ne peut prétendre à l’objectivité, ni même à l’exhaustivité, il entend aider à rendre plus intuitif par son aspect de « compte-rendu » l’appréhension de ce qu’est une COP.
- CE QUE J’AURAIS BIEN AIME SAVOIR AVANT
Le statut d’observateur : d’où parlez-vous ?
Les COP sont divisées en deux zones principales : une zone verte pour les personnes qui ne sont pas accréditées par les Nations Unies et une zone bleue pour celles qui le sont. En tant qu’observateur vous avez accès à la fois à la zone bleue et à la zone verte de la COP. Seules les réunions doublement informelles – qui sont pourtant les plus intéressantes, nous le verrons ci-après – vous seront verrouillées.
La Zone Bleue n’est pas qu’un lieu d’exposition, de conférences et d’échanges informels. Les deux semaines sont rythmées par les Presidency Events du pays hôte, autour de différents thèmes : finance, énergie, jeunesse, nature, adaptation, genre, transport, villes et région. L’UNFCC organise de son côté des ateliers et des Mandated Events. Les institutions accréditées tiendront quant à elles des pavillons pour présenter leurs actions, où elles animeront des Side Events, généralement sous la forme d’une table ronde sur un sujet, afin de mobiliser la société civile ou peser sur les négociations.
C’est là que se déroulent négociations formelles des cinq organes majeurs du processus, à savoir :
– D’une part, les organes subsidiaires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC) : le SBSTA (Subsidiary Body for Scientific and Technological Advice), qui fournit des « avis » aux gouvernements, et le SBI (Susidiary Body for Implementation), qui met en œuvre les décisions adoptées (par exemple les mécanismes de financement).
– D’autre part, les organes de prise de décision : la COP27 à proprement parler (la 26e Conférence des Parties à la CCNUCC), mais aussi la 4e Réunion des Parties à l’Accord de Paris (CMA-4) et la 17e Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (CMP-16).
A cela il faut ajouter les conférences de presse ainsi que la partie pavillonnaire, zone où chaque parti (Etat, groupe d’Etats ou lobbys) animent un stand au sein desquels ils font la promotion de leurs actions environnementales. Dans la partie pavillonnaire, tout le monde a quelque chose à vendre ou à promouvoir. Si les gens sont là, c’est avant tout pour parler et échanger. En tant qu’observateur, il s’agissait en quelque sorte de notre zone par défaut ; lorsqu’on ne savait pas trop quoi faire entre deux réunions plus importantes, il était d’usage d’aller errer dans cette zone histoire de provoquer une rencontre féconde.
Le statut de chercheur-étudiant permettait d’y manœuvrer sans risquer de susciter la suspicion de potentiels interlocuteurs. A l’inverse des journalistes ou des militants climatiques, nous étions perçus, soit comme neutres, soit comme d’éventuels prospects par la plupart des acteurs présents. Il faut se mettre en tête que depuis une dizaine d’années, les COP n’ont cessé de grossir. La COP1 qui s’est tenue à Berlin en 1995, était un évènement relativement fermé qui concernait principalement le corps diplomatique et les scientifiques du GIEC auxquels se greffaient quelques journalistes. Progressivement, le nombre de participants des COP s’est multiplié. Cette profusion d’acteurs participe au scepticisme généralisé autour de ces évènements.
II. UNE COP ET SON FONCTIONNEMENT
Les évènements
Les COP sont des évènements gigantesques. Ainsi en Egypte et sur deux semaines, ce ne sont pas moins de trente cinq mille personnes qui ont participé selon les estimations de la présidence égyptienne.
Il ne faut pas s’imaginer une salle de réunion dans laquelle les diplomates s’enferment au petit matin et n’en sortent qu’à la nuit tombée. Des salles de réunion à Sharm El Sheikh, il y en avait des dizaines et lesdites réunions se catégorisaient selon leurs intervenants. Voici un classement du type de réunion du moins au plus intéressant :
– les high level consultations : celles-ci regroupent des ministres des gouvernements des pays présents ainsi que des scientifiques du GIEC. Il s’agit principalement de succession de déclaration d’intention pour les pays concernés. Les ministres n’étant que de passage pour un ou deux jours, ils n’ont pas le temps d’entrer dans le détail technique de la négociation.
– les séances pleinières : elles sont le cadre des négociations. Elles interviennent généralement au début et à la fin d’une COP. Présidées par les Nations Unies, elles ont pur fonction d’entériner les accords élaborés en commission. Moment fort de l’activité de la COP, la séance plénière représente l’aboutissement du travail législatif effectué en commissions et dans les groupes politiques. Réunissant un nombre élevé de participants, la session plénière ne s’improvise pas et doit donc, autant que possible, obéir à une organisation réglée à l’avance. La séance plénière est aussi l’enceinte au sein de laquelle chaque représentant peut décider de s’exprimer sur tout sujet qui lui semble important.
– les réunions informelles désignent les lieux où sont négociées point par point les lois relevant de l’UNCCC. Les délégués des partis, à tour de rôle, reprennent le corpus juridique de l’UNCCC et décident de le réviser en fonction des enjeux du moment. Le travail de négociation se déroule autour d’un draft. Le draft désigne une proposition de texte que chaque parti peut modifier en fonction de ses intérêts. L’atmosphère lors des réunions informelles (ou inf) est studieuse et technique. La nécessité d’arriver à un texte qui fait l’unanimité rend les négociations pointilleuses : chaque parti défendant fermement ses intérêts. Ce travail de rédaction est souvent interrompu par un hubble. Il s’agit de pause au sein de la réunion durant laquelle un parti demande à la présidence de consulter ses alliés avant de continuer la séance commune. Durant une dizaine de minutes, les représentants se séparent ainsi en petits groupes de pays ayant les mêmes intérêts. De ces hubbles découlent des blocages qui ont tendance à rendre encore plus long le processus de négociation, un seul pays pouvant à lui seul bloqué l’ensemble des avancements.
– Les réunions informelles informelles sont les plus importantes. Il s’agit de réunions confidentielles et difficiles d’accès pour les observateurs des Nations Unies. Elles sont décidées généralement à l’improviste et constituent les véritables espaces de déblocage des négociations. Leur confidentialité participe néanmoins à l’opacité qui entoure le processus de négociation, renvoie du même élan les autres évènements à leur inutilité théâtralisante. Si les points de blocage ne sont pas levés, il appartient dès lors à la présidence des Nations Unies de faire état des difficultés rencontrées au cours des négociations lors d’une pleinière.
– Les conférences de presse tiennent lieu de tribune pour les différents acteurs d’une COP. Il s’agit de la fenêtre sur le monde extérieur. En même temps, elles peuvent être utilisée afin de faire passer un message à ses partenaires au sein de la COP. Si les Etats se font plutôt discrets, les ONG en revanche ont tendance à monopoliser cet espace d’expression, la plupart du temps pour se plaindre du manque d’ambition comme de la lenteur des négociations.
– Enfin, les side events sont des lieux de rencontres et d’échange sur des sujets techniques qui nécessitent un dialogue entre scientifique, expert, militant et politique. Cependant, plus le sujet est sensible ou abrasif au regard de l’actualité, plus les échanges qui en découlent sont partisans et peu constructifs. Les militants se servaient souvent ces events comme d’une tribune afin d’alpaguer les responsables politiques, et les scientifiques exposaient les résultants d’étude tantôt alarmantes, tantôt rassurantes en fonction de leur agenda. Il était ainsi plus intéressant d’y assister pour se faire une idée des rapports de force, des enjeux, des revendications liés à un sujet plutôt que pour y trouver, servie sur un plateau d’argent, une solution unanimement partagée.
Le statut juridique d’une COP
Au regard de la réorganisation des rapports de force mondiaux, la COP27 donne l’impression d’un sommet de la paix organisé par la SDN à la fin des années trente.
Les accords ne sont pas contraignants. Cela signifie qu’en cas de non-respect des engagements pris par un pays lors d’une COP, ledit pays ne s’expose à aucune sanction de la part de communauté internationale. Seul le blâme de la société civile ainsi qu’un discrédit plus vague viendront sanctionner ce manquement à la parole donné.
L’unanimité présente en cela un avantage principal : malgré leur caractère non contraignants – et n’en déplaisent aux pourfendeurs des COP – les accords qui découlent de ces négociations sont dans leur grande majorité respectés au niveau international. Les dirigeants politiques ont bien conscience des conséquences désastreuses que charrie l’inaction climatique ; aussi, une fois l’unanimité atteinte, personne n’a intérêt à revenir sur sa parole. Néanmoins, l’unanimité présente un désavantage principal : les négociations sont lentes et les accords qui en découlent sont structurellement minimalistes. De l’avis général des participants – politiques, scientifiques ou représentants de la société civile : les COP font certes, mais elles font trop peu et trop lentement.
Les accords trouvés à la COP sont en concurrence avec d’autres traités internationaux. Chaque arène internationale est en effet autonome ; il y a donc un conflit de juridiction. De plus, certaines constitutions nationales rendent les accords signés par les Etats aux COP anticonstitutionnels. Par exemple, la moindre mesure d’ordre budgétaire aux Etats-Unis doit obligatoirement passer par une approbation par vote des Chambres. Ainsi, un accord ratifié par les Etats-Unis à l’issue d’une COP engageant le pays à donner de l’argent à d’autres pays dans le cadre de l’action climatique est anticonstitutionnel de jure et doit donc être soumis à un vote approbatif des Chambres avant d’être effectivement appliqué. La signature d’accords à l’issue une COP, bien que déjà laborieux nous l’avons compris, ne saurait donc constituer un aboutissement. Pour beaucoup d’Etats et ce malgré que le problème environnemental soit global, la transition écologique ne pourra se faire, tant d’un point de vue juridique que d’un point de vue technique, qu’au niveau national. L’exemple de la Chine est à ce titre parlant. Si le pays ne refuse pas de participer aux COP, sa posture très attentiste lors des négociations tend à souligner le manque de crédit qu’elle donne aux instances internationales et laisse transparaitre son assurance dans ses capacités à assurer, par elle-même, sa transition écologique.
Des acteurs inattendus
Avant de nous livrer à une typologie des différents acteurs qui forment le sel d’une COP, laissons- nous le temps d’apprécier le décor. Nous arrivons donc à l’aéroport de Sharm El-Sheikh, au beau milieu du désert, et découvrons non sans suspicion la grande station balnéaire qu’est cette petite Las Vegas version égyptienne. Partout, des routes, des hôtels, des enseignes de grandes marques illuminent des nuits sans étoile. Chaque complexe hôtelier où séjournent quasi-exclusivement des touristes étrangers – russes notamment – est doté de plusieurs piscines d’un bleu qui ferait rougir la mer pourtant toute proche, et ce dans cette région du Sinaï qui, nous l’apprendrons lors de notre séjour, est en situation de stress hydrique. Le casino jouxte la mosquée ou encore le théâtre romain fait de carton pâte : bien des choses ici respirent le faux. Il est évident que les colossaux trottoirs ornés de portiques vaguement ioniens et de nombreux bancs toujours vides s’étalant sur des kilomètres ont été construits dans les semaines précédant la COP. L’ensemble dégage un air de ville fantôme alors même qu’un sommet mondial s’y déroule. Les routes qui sillonnent le désert entre les deux zones de conférences ne sont pas plus vieilles.
C’est dans ce décor que nous faisons déjà la connaissance de la profusion de journalistes, militants, entrepreneurs approximativement écologique, qui, comme nous, sont venus assister à la COP. Sharm el-Sheikh étant éloigné de tout, il est facile de distinguer les membres de cette ménagerie mondialiste de la population locale que nous voyons finalement peu, cette dernière étant toujours tenue à l’écart par une police égyptienne à l’allure d’armée sur le pied de guerre. Par souci de synthèse, nous catégoriserons ces acteurs inattendus en trois catégories :
– Les « cop-addict » : dans le sillon des COP se déploie une agitation hétéroclite. Les enjeux étant conséquents et les sollicitations constantes, certains des participants montrent des signes qui s’apparentent à de l’addiction. Cela peut sembler au premier abord difficile à imaginer. Cependant, plusieurs journalistes, commentateurs ou analystes géopolitiques finissent par vivre en vase-clos d’une COP à l’autre. Et lorsqu’ils se « réveillent », le retour à la normale peut être brutal. Le nombre de burnout de la part des participants peut être le fruit du décalage entre d’un côté, l’agitation des deux semaines d’une COP et de l’autre, la lenteur des aboutissements du processus de négociation. En somme, après la tempête, le calme plat est pour beaucoup difficile à apprivoiser.
– Les pastèques : Vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur. Il s’agit de l’ensemble des acteurs d’une COP qui utilisent la lutte contre le réchauffement climatique comme une tribune afin de faire la promotion d’un combat plus large contre toute forme d’inégalités. Plutôt que d’environnement, ces acteurs parlent davantage de « justice climatique ». Ils adossent aux enjeux environnementaux des problématiques féministes, décoloniales, anti-capitalistes dans un mouvement qu’on pourrait dès lors qualifier de récupération politique. On trouve les « pastèques » majoritairement parmi les militants d’ONG, venant majoritairement de pays du Nord.
– Les goyaves : Ce sont pour ainsi dire les pendants idéologiques aux pastèques : Vert à l’extérieur, jaune à l’intérieur. Pourquoi jaune ? Pour l’argent. Leur projet peut se résumer ainsi : repeindre en vert la locomotive vieillissante du capitalisme mondialisé. Nous les retrouvons principalement parmi les personnels de cabinet de conseil, de lobbys, ou de délégation nationales de pays dont la richesse s’est bâtie et se bâtit encore aujourd’hui sur l’exploitation d’énergie fossiles. La promotion de la croissance verte est leur discours. Ils sont de ces hommes qui accompagnent les époques de grands changements en sachant toujours en tirer quelque profit. Ils rappellent cette citation du Guépard, l’unique roman de l’écrivain et aristocrate italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa : « Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi »
III. LES ENJEUX DE LA COP27
Sharm-el-Sheik : La COP de la dernière chance ?
La COP26, qui s’est déroulée l’année dernière à Glasgow, n’était pas parvenue à un accord satisfaisant. Deux dossiers brûlants cristallisaient les crispations : l’enjeu de cette COP27 était donc double. D’une part, il s’agissait de préciser le statut des énergies fossiles dans la transition énergétique nécessaire à la réalisation des objectifs fixés par l’accord de Paris (CF. COP21, 2015) s’engageant à limiter le réchauffement climatique global à 1.5 C° par rapport au début de l’ère industrielle. D’autre part, il s’agissait de trouver un accord concernant les pertes et préjudices. Pour rappel, les pertes et préjudices désignent les dommages causés par le changement climatique anthropique. L’établissement de la responsabilité et de l’indemnisation pour les pertes et préjudices est un objectif de longue date pour les pays vulnérables et en développement de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS) et du Groupe des pays les moins avancés. Cependant la question du financement de ce dossier est la cause de sa lenteur : les pays développés, à même de financer, résistant à l’idée de mettre seuls et de leur poche les cent milliards de dollars réclamés par les pays dits du global south.
Sur place A Sharm-el-Sheik l’ambiance était pesante. La défiance régnait. La temporisation entreprise par les pays développés à l’égard du financement des pertes et préjudices fut et est encore perçue par les pays en développement comme une épreuve de confiance. Au regard des COP précédentes, l’édition égyptienne a mis la question de la confiance des Etats quant à la médiation des Nations Unies au cœur des débats. Il était clair pour la communauté internationale que si la COP27 ne permettait pas de résoudre les blocages évoqués ci-haut, alors les COP s’en retrouveraient grandement décrédibilisées. Nombreux parmi les populations civiles considèrent ces sommets internationaux comme une perte sèche de temps. Les objectifs ambitieux posés par les accords de Paris en 2015 n’était qu’un cap fixé sur un horizon vague. Il s’agissait en Egypte d’établir une feuille de route claire. Ces deux items de négociation traversaient l’ensemble des discussions de cette COP égyptienne. Ils en étaient pour ainsi dire les maîtres-étalons.
La Tragédie des négociations
Que retenir de cette COP ? Avant tout, son caractère tragique. La tragédie des négociations est la suivante : les pays qui ont les leviers d’action et les moyens financiers d’agir sont ceux qui ne souffrent pas (encore) des conséquences du réchauffement climatique. A l’inverse, les pays qui souffrent d’ores et déjà dans leur chair des sécheresses, famines et déplacements de population qui les accompagnent inévitablement sont également ceux qui ont le moins de levier de pouvoir sur la scène internationale comme de marge de manœuvre financière. Dans une telle configuration donc, l’inertie au profit de quelques uns l’emporte là où l’action pour le bien de tous devrait l’emporter.
A partir cette opposition tragique entre ceux qui subissent et ne peuvent rien et ceux qui peuvent mais ne subissent pas, deux factions géopolitiques se dessinent : les pays du Nord et les pays du Sud. Cette distinction recoupe celle opérée lors des premières COP entre les pays développés (developed countries) et les pays en développement (developing countries). Cette différence de statut juridique est un enjeu de fond ; en effet, les pays développés sont poussés à atteindre la neutralité carbone d’ici 2030, là où les pays en développement bénéficient logiquement de plus de temps. Cependant, le statut de nombreux pays est aujourd’hui remis en question.
La Chine, par exemple, fait toujours partie des pays considérés comme en développement. Or si la deuxième – voire la première – économie mondiale est considéré par la communauté internationale comme en développement, la question légitime que l’on peut se poser est de savoir qui, dès lors, peut être légitimement considéré comme un pays développé. La Chine, premier pollueur actuel, refuse de contribuer car elle n’est pas une pollueuse historique, ce que ne Ces débats de statut complexifie le jeu des négociations.
Revendications du global south : le nouveau monde en crise
Enjeu fondamental pour les pays dits du global south, la question des pertes et préjudices (loss and damages) étaient au centre des négociations. Deux questions ruisselaient alors sur l’ensemble des discussions :
1/ Comment établir précisément le coût de l’inaction climatique à une collectivité donnée ?
2/ Une fois un ordre de grandeur établi, où trouver les fonds nécessaires à l’action ? Et d’autres termes : qui paye ?
Le financement, dans les négociations climatiques, peut s’entendre principalement de deux
façons : financer la transition écologique afin de limiter le réchauffement climatique en lui-même (mitigation ou atténuation en français), ou financer l’adaptation au réchauffement climatique, qui implique le traitement des loss and damages, pertes économiques et humaines des pays déjà touchés ou prochainement touchés par le changement climatique (adaptation, qui se passe de traduction en français). La présidence africaine de la COP27 a influencé un agenda tourné vers l’adaptation que vers l’atténuation du réchauffement climatique, portant la voix de nombreux pays déjà durement touchés par les sécheresses, inondations, famines… Selon Jean Jouzel, directeur du GIEC durant plusieurs années, que nous avons eu l’opportunité de rencontrer pendant notre séjour, il est problématique d’abandonner, ne serait-ce que temporairement, les négociations sur l’atténuation. En effet, malgré l’inefficacité apparente des COP sur ce sujet, il dit avoir changé de discours au fil des ans : alors qu’il avait l’habitude de parler de quatre voire cinq degrés de réchauffement climatique il y a dix ou quinze ans, il parle maintenant de trois degrés (ce qui, ne nous leurrons pas, reste extrêmement dommageable). Il aurait donc souhaité que la communauté internationale ne se retrouve pas, étant acculée par le début des effets du changement climatique, contrainte à cette position réaliste de centrer le débat sur l’adaptation.
L’Occident à bout de souffle
Pour obtenir les financements nécessaires à leur transition écologique et faire face aux effets néfastes du réchauffement climatique, les pays en développement recourent depuis des années à l’argument moral renvoyant systématiquement à la responsabilité des pays riches dans le réchauffement climatique alors même que, à ce jour, ce sont d’abord les pays en développement qui polluent le plus : ces derniers assurent en effet l’essentiel de la production primaire et secondaire mondiale, c’est logiquement qu’ils se retrouvent en tête du classement des plus gros émetteurs de CO2. Or le G77 – le groupe des pays en développement mené par la Chine – ne semble plus croire à l’efficacité du chantage moral fait à l’Occident. N’obtenant que peu de choses par cette voie, ils tendent à entrer de plus en plus dans une logique de rapport de force. Les pays en développement mettent aujourd’hui en avant d’une part les ressources qu’ils possèdent, parfois en énergies fossiles, et d’autre part leur expérience climatique qui vérifie les prévisions du GIEC, auquel ils font systématiquement référence.
Face à cette défiance, les Etats-Unis et leurs Alliés proposent des solutions basées sur des échanges de crédits carbone, méthode acceptée par l’article 6 de l’accord de Paris mais contestée par le GIEC et faisant l’objet de nombreux débats visant à supprimer les clauses la permettant. L’Europe se joint aux Etats-Unis dans la volonté de passer par le FMI pour mettre en place des prêts. Cette dernière tend également à faire des négociations climatiques un objet de soft power. Pour beaucoup de pays du sud, cette réponse occidentale d’en passer par les instances financières internationales est vu comme une tentative de temporisation : ces dettes climatiques ne seront, selon eux, jamais remboursées. Plusieurs experts, notamment ont ainsi parlé de crise de confiance entre le Nord et le Sud. Cette crise peut être mise en perspective au-delà du cadre des seules négociations climatiques. Le climat des relations internationales tend de plus en plus à une reconfiguration plus générale de l’équilibre géopolitique mondial, l’Occident ayant perdu sa capacité à assurer la présidence d’un ordre global à son image.
Sharm-el-échec ?
Le jeudi 17 novembre au soir, suite à deux semaines de COP27, se tenait une session plénière présidée par les Nations Unies chargé de faire voter à l’unanimité une première proposition de Cover Decision, soit un texte résumant les accords trouvés au terme des négociations. A partir de la publication du brouillon plus que décevant de cette Cover Decision, un espoir de retournement de situation s’est montré. Le brouillon a été rejeté presque à l’unanimité car jugé trop long, trop jargonneux, et ne comportant aucune mention de ce qui a pourtant été le sujet central des deux semaines : les pertes et préjudices. Dans la soirée, après deux très longues heures de plénière protocolaire, l’Europe annonce non sans surprise être en faveur de la publication d’un texte de promesse de financements des pays du sud dès cette année, revenant ainsi et sur sa position d’attendre l’année prochaine pour envisager d’autres solutions comme une révision du système monétaire international et se désolidarisant en prenant de court la posture des Etats-Unis. Salve d’applaudissements dans la salle. Puis, nous avons pu assister au déclenchement en chaîne de réactions plus qu’hostiles de pays concernant “l’offre” de l’Europe. La Bolivie, notamment, a prononcé un discours à la limite de l’injure, remettant en cause la position de l’Europe, rappelant que cette dernière faisant partie des pays qui bloquaient la décision de création d’un fonds sur les pertes et préjudices, et que son revirement tenait plus d’une posture que d’une offre généreuse.
Les pays n’ayant pas réussi à se mettre d’accord dans les temps, il y a eu, en off, des négociations bilatérales toute la journée du vendredi. Par la suite, la COP27 a été prolongée jusqu’à la nuit du samedi. Les bilans sur les émissions par pays et à l’échelle de la planète, ainsi que des partenariats multilatéraux sont attendus à la COP28, faisant de la COP27 une COP “creuse” sur le plan de l’agenda de l’UNFCCC. Cette COP27 est en un sens à l’image de la ville qui l’a accueillie.
Joseph Terrail




Commentaires
Une réponse à « COP27 – un retour d’expérience »
Hi, this is a comment.
To get started with moderating, editing, and deleting comments, please visit the Comments screen in the dashboard.
Commenter avatars come from Gravatar.