mars 2015
Les musulmans en Occident, c’est le thème frondeur du dernier roman de Michel Houellebecq dont la sortie… le 7 janvier 2015 réduisit paradoxalement son auteur au silence. La provocation constitutive de Houellebecq
déploie intelligence et subtilité en nous proposant une soumission de la France
à la culture musulmane comme une solution à ses propres problèmes. L’écrivain
mélancolique ne cache pas son mépris de la gauche et du capitalisme ainsi que d’un
Occident exsangue de projet fédérateur autre qu’économique. Houellebecq est convaincu que
« le véritable agenda de l’UMP et du PS, c’est la disparition de la
France, son intégration dans un ensemble fédéral européen ». Il imagine donc
l’accession au pouvoir d’un musulman « modéré » qui, très intelligent
et redoutablement habile politiquement, ne joue pas sa victoire aux élections
sur le terrain de l’économie mais sur celui des valeurs. Le véritable ennemi
des musulmans étant le matérialisme athée, la restauration des valeurs
familiales laisse leur place aux « autres » (!) religions (comptant
sur la faiblesse du catholicisme et le départ des juifs). Il s’ouvre ainsi un
boulevard que ne peuvent emprunter l’UMP ni le FN et que le PS ne peut
contredire « tétanisé par un anti racisme constitutif ». Sa politique
étrangère vise à déplacer le centre de l’Europe vers le Sud et à se faire élire
premier président européen par des pays à forte démographie. Les aides sociales
font place aux solidarités familiales qui régissent également l’entreprise. Les
femmes restant à la maison, résolvent le problème du chômage. L’école primaire
reste publique, un nombre important d’élèves sont rapidement orientés vers des
formations courtes. L’éducation secondaire est financée par des fonds privés et
par les monarchies du Golfe qui trouvent là un allié nettement moins
organiquement lié à Israël que les Etats-Unis et plus proche géographiquement
et culturellement. A l’Université islamique de la Sorbonne, les directeurs de
département ne semblent pas mécontents des quelques jeunes épouses qui leur
sont autorisées. L’ambiance est sereine, « on se croirait revenus au temps
d’Abélard et Héloïse (…) les étudiantes étaient (…) voilées de blanc, et se
promenaient à deux ou trois sous les arcades, cela faisait un peu penser à un
cloître, l’impression d’ensemble étaient indéniablement studieuse ». Tout
cela a de la trempe, « je n’aurai rien à regretter », termine
Houellebecq.
Kristin Massa




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