Chevalière à l’auriculaire et manches brodées à ses initiales, Camille Pascal a, comme on dit, la tête de l’emploi. Il a vécu et raconté ses 18 mois à l’Elysée, entre 2011 et 2012 en tant que plume et conseiller du Président, comme un enfant suce un bonbon.
Il n’en revient pas d’en être. Il se décrit devant, derrière, à la gauche et à la droite du Président qui le contacte directement sur son portable dans son RER de banlieue (versaillaise) ou dans sa maison normande où il « réveille amoureusement sa femme ». L’auteur nous livre une description de la vie à l’Elysée, de la décoration de son bureau, des « réunions de com », de l’élaboration des discours, de la défaite électorale vécue avec son fils, décrit un Depardieu à l’Elysée comme chez lui, son combat pour préserver l’orgueil de Christine Ockrent lors de sa sortie de France 24 et un Président offensé de céder un Poutine Premier Ministre à François Fillon. Scènes souvent anecdotiques, néanmoins plaisantes, quelques moments rendus avec émotion : les adieux lors de la défaite, le Palais qui se vide et roulements de tambour frisant le ridicule : le Président « qui manque déjà à la France », sa passion pour la culture… Quelques passages sont particulièrement fignolés comme à la description idéalisée d’une soirée familiale dans l’hôtel particulier années 30 de Carla Sarkozy : le feu qui crépite dans la cheminée, le Président en peignoir, la calme bienveillance de Carla, sa perspicacité se dissimulant derrière une modestie de bon aloi, sa guitare au bout du canapé. L’auteur est un admirateur absolu, pas la moindre critique ne sera émise, pas le moindre bémol, pas la moindre analyse non plus. Camille Pascal adhère tout entier à la Sarkozyie. Nicolas est son chef, son héros.
Qu’apprend-on alors ? La rivalité larvée avec Henri Guaino, première
plume, est rendue avec subtilité… Sur Patrick Buisson, le puissant
conseiller, rien sur les sondages jugés « irréguliers et
exorbitants » par la Cour des Comptes. Il est incontestablement décrit comme
un homme à la clairvoyance exceptionnelle qui « auraient donné des vapeurs
anglaises à tout un amphithéâtre de nos jeunes et prévisibles étudiants de
Sciences-Po », privilégiant à bon escient les longs cycles de l’histoire
nationale et non le politiquement correct amnésique qui « nourrit nos
élites proprettes depuis bientôt 30 ans ». Camille Pascal affirme qu’il ne
l’a jamais entendu proférer de propos « nauséabonds » (adjectif
décidément très à la mode) ou « contraire à l’engagement
républicain », mais qu’il croit à l’identité de la France et que c’est
suffisant pour être honnis et excommunié par les « nouveaux dévots »
qui prêchent dans les médias. En effet, face au culte du grand brassage identitaire,
il avance avec discernement que l’identité est tout ce qui reste quand la
mondialisation est menaçante, que la « légende des siècles » est remplacée
par à un « conglomérat de populations désunies soumises aux lois du
marchés ».
Il nous brosse un Président en colère. En colère face au manque de
coordination ministérielle lors de l’affaire Merah ou contre une des plus
grosses entreprises française qui licencie après que le gouvernement ait
intercédé auprès des banques en sa faveur. Les colères de Sarkozy, comme les silences
glaciaux de Mitterrand, seraient très politiques… Le plan social de PSA
visait 4000 salariés et Camille Pascal ose évoquer « avec quelle habileté
(…) ses cadres dirigeants (…) avaient certainement emballé leur plan social
dans ce volapük de consultant qui permet, aujourd’hui de faire avaler à peu
près n’importe quoi à un technocrate ». Il décrit le Président cherchant par
tous les moyens à joindre le patron de Peugeot introuvable, les savoureux et
fermes échanges avec la secrétaire puis le savon mémorable. Il est vrai qu’un
plan social l’année qui précède les élections est à éviter par tous les moyens.
L’auteur nous affirme toutefois que « celui que la gauche stigmatisait sous
le nom de « président des riches » savait parler à un « valet du
grand capital avec plus de fermeté et d’efficacité que nos petits
Fouquier-Tinville en Weston ». A ce jour, l’avenir des salariés de PSA
reste incertain et Renault (dont l’Etat détient 15% du capital) annonce un plan
de licenciement de 7500 personnes sur lequel le nouveau gouvernement ne se
prononce toujours pas…




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