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Illustration de l’article « L’arène européenne fait « chambre commune et rêves à part » » : Flavie Romer dans une scène évoquant le texte, style Art nouveau

L’arène européenne fait « chambre commune et rêves à part »

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par

Flavie Romer

dans

Novembre 2012. L’Europe reçoit le Prix Nobel de la Paix… à titre d’encouragement. Cette même année, en février un livre sort presque inaperçu : Circus Politicus, co-écrit par les journalistes Christophe Deloire (directeur de Reporters sans frontières) et Christophe Dubois est une enquête foisonnante, passionnante et sidérante sur le fonctionnement européen, une nébuleuse pour des citoyens dont elle régit une grande partie de la vie. Sommes-nous vraiment en démocratie ?

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Bob Woodward, grand journaliste d’investigation américain avait demandé à Al Gore « quelle part de ce qui se passe au gouvernement est-elle connue ? » « 1% », lui avait-il répondu. Sans nous faire le coup de la théorie du complot, les auteurs nous démontrent comment a pu se créer, en parallèle des institutions officielles, un pouvoir opaque mais ultra puissant.

Tout commence après-guerre avec une construction européenne voulue également par les Etats-Unis pour des raisons économiques (libre échange) et politique (contrer la présence communiste à l’est). Les mystérieuses Conférence de Bilderberg et Commission Trilatérale sont initiées par des personnalités comme Rockfeller (qui professait en son temps « quelqu’un doit prendre la place des gouvernements et le business me semble l’entité logique pour le faire ») et des organisations comme l’ACUE (American Committee on United Europe), émanation des services secrets américains dont le trésorier, John McCloy, est proche des compagnies pétrolières « les 7 sœurs » et de… Jean Monnet qui a poursuivi une carrière dans les banques américaines avant de construire l’Europe.

Au Bilderberg, dont les réunions ne figurent jamais sur les agendas officiels, se réunissent hommes politiques, principaux acteurs économiques et des personnalités peu connues du grand public mais dont l’influence est majeure. Connaissez-vous les européens Joseph Daul (le plus puissant parlementaire français, il parle au nom du PPE qui rassemble le CDU allemand et l’UMP), l’homme d’affaires Etienne Davignon, Peter Sutherland (initiateur d’Erasmus mais aussi du marché intérieur européen, il préconise une immigration massive et déclare que tout argument contre la globalisation est « moralement indéfendable ») ? Leur philosophie : « une passion pour l’Europe éloignée des contraintes électorales » comme le professait le démissionnaire Mario Monti, qui partage avec Mario Draghi, Otmar Issing de la Banque centrale européenne (BCE), Antonio Borges et Sutherland une carrière à la sulfureuse banque Goldman and Sachs.

En France, par exemple, Denis Kessler, ex Vice-Président du Medef, propose de « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la résistance » lors de sa présidence du fameux Siècle qui rassemble l’élite politique et économique française et où les députés européens sont plus présents que dans la presse.

Les fameuses notes Antici recensent les débats d’un Conseil de l’Union européenne fermé à double tour et ne sortiront jamais du cercle des initiés. 80% des lois françaises sont inspirées par les institutions européennes, principalement dans les domaines économiques, de l’agriculture et de la pêche (moins en ce qui concerne la culture, l’éducation et la protection sociale). Cependant, malgré les polémiques sur le vin rosé ou le plombier polonais qui ouvrent le voile sur les dérives de l’Europe au grand public, une très grande partie des activités reste dans l’ombre d’innombrables officines. Le comité de Bâle (établi en 74) régule les banques, l’opaque Banque centrale européenne ne prête aux Etats que par l’intermédiaire des banques privées. La tutelle des lobbys, des experts, des agences de notations et des normes est puissante. La Cour de Justice de l’union a un immense pouvoir et primauté sur le droit national (on leur doit les transferts de joueurs de foot par exemple). On y surprend une direction de la concurrence privilégiant la protection du consommateur à celle de l’industrie en laissant ainsi les produits chinois envahir le marché et en mandatant (dénonciation d’Amazon ?) une perquisition chez des éditeurs parisiens. Les français sont plutôt absents à Bruxelles, leur poids et leur visibilité ne leur offrant qu’un strapontin à une carrière politique nationale. Les journalistes sont déconnectés, manquent de recul critique ou sont de plus en plus rétifs à l’investigation.

Il est aussi question d’un rapport sur la crise de la démocratie par Samuel Huntington et Michel Crozier dans lequel ce dernier attribue la faiblesse des Etats à leur vulnérabilité « aux tactiques de chantage exercée par les groupes sociaux et la surcharge d’attentes et de revendications ». Et malheureusement ce n’est pas faux. Mais c’est aussi le cœur du débat : la raison préférable à la foi. Les bons et les mauvais choix. La démocratie serait un moyen de constitution de l’autorité permettant d’entériner une politique préalablement choisie. Le Conseil européen est constitué de présidents et de chefs de gouvernements élus, il s’agit là du « concept de démocratie transitive ». La Commission et le Conseil de l’Union ont l’initiative législative mais ce dernier détient des pouvoirs législatifs supérieurs à ceux du Parlement. Les fonctionnements et responsabilités respectifs sont donc très laborieux à appréhender. Papademos en Grèce et Monti en Italie ont été portés au pouvoir par les réseaux européens. Les référendums, dont le dernier traité de Lisbonne, passent aux forceps et ça ne choque plus personne.

Pour méditer de façon constructive… la démocratie fonctionne mal hors-sol, ce serait au niveau local qu’elle trouve sa véritable place, dans le rapport direct avec les citoyens. Internet en reste le refuge avec des blogs citoyens comme celui d’Etienne Chouard appelant à voter non lors du référendum de 2005 ou le support d’initiatives comme celle du député européen Pascal Canfin, l’ONG Finance Watch, « Greenpeace » de la finance.

Kristin Massa

Circus Politicus, Christophe Deloire et Christophe Dubois, Albin Michel, 21,50 euros.

Cette carte date de 1537 et représente un corps féminin dans lequel une monarchie, une région ou un peuple trouverait sa place naturelle et organique et aurait même une fonction spécifique sans laquelle le corps entier ne pourrait survivre (ici l’Espagne des Habsbourg est la tête, la France la poitrine, l’Allemagne le coeur, l’Angleterre le bras gauche qui tient le sceptre,le Danube l’aorte…)


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