Pourquoi Dysruption?
Le XXIème siècle marque la convergence des disruptions économiques, géopolitiques, environnementales, politiques, sociales et culturelles. Dans le temps court médiatique, ces mutations sont accueillies avec pessimisme et inquiétude. Face au danger, aucune solution en vue. Nous souhaitons les replacer dans le temps long de la réflexion universitaire dont les nuances peuvent redonner optimisme et confiance. Face aux défis, il est temps de se mobiliser.
Il est tout autant rare pour des jeunes intellos d’avoir la possibilité de briser le plafond de verre institutionnel pour rencontrer, dialoguer et échanger en dehors du cadre des cours avec des intellectuels de tous horizons. Pourtant, c’est un exercice qui leur permet de faire un pas de côté pour replacer leurs études dans le champ plus vaste des enjeux intellectuels de notre époque. Leur faire confiance en leur permettant de rédiger des articles ayant une ambition universitaire est également un pari sur l’avenir. Que cela nous plaise ou non, la loi de la biologie nous rappelle qu’ils sont l’avenir et que nous, les plus agés, faisons partie du passé.
Notre revue a pour but de décloisonner le savoir universitaire dans une logique d’éducation populaire. Il est rare pour les universitaires chevronnés de pouvoir exposer leur pensée dans des interviews fleuves, ne subissant aucune contrainte éditoriale liée à des impératifs économiques ou rédactionnels. C’est ce cadre unique que nous entendons offrir à ceux qui nous honorent de leur confiance afin de toucher un plus large public.
Dysruption est donc née de cette volonté de créer un capital social et intellectuel. C’est un espace d’échange et de partage en dehors des lois d’airain du marché. Un lieu où le propos est libre des pesanteurs du monde réel. Une revue qui ne pouvait exister que sur internet, ce tiers-espace fascinant où un jeune étudiant au Canada et un professeur vivant en Pologne peuvent dialoguer avec un professeur de Singapour. Une revue qui nous semble nécessaire pour prendre la mesure de la multipolarité du monde et pour en faire entendre la pluralité des voix. Une revue qui unit l’ensemble des personnes impliquées dans une chaîne de générosité qui nous rappelle que faire de la politique c’est avant tout créer des liens, des espaces et du temps libéré de l’horloge du capitalisme.
Aristote disait que la plus haute activité de l’homme était la politique. Le citer témoigne combien la création de cette revue est pour nous une tâche importante. Pourquoi avons-nous sacrifié des heures et des jours à lire des livres, démarcher des auteurs, réaliser, retranscrire et traduire des entretiens ? Parce que nous sommes convaincus qu’il est vital dans cette époque de basses-eaux culturelles et politiques de ne pas baisser la garde et de continuer, par-delà les aléas de la vie, à se battre pour ce qui compte.
Cependant, nous venons également de générations et de milieux qui ne souhaitent pas gonfler leur importance en usurpant les oripeaux universitaires. Nous n’en avons ni la légitimité ni l’envie. Pire, nous craignons de voir l’importance de notre message dilué dans le sérieux d’une forme trop pompeuse. Notre époque est en même temps vide et mortellement sérieuse. La lourdeur des raisonnements a remplacé la vivacité des joutes oratoires. Le fond suffoque sous le poids d’une forme désuète et rébarbative. Tout donne l’impression que l’accès au débat est interdit par des barrières arborant des panneaux “Défense d’entrer !” A mesure que les échanges d’idées s’étiolent dans notre société, une petite musique susurre à nos oreilles qu’au fond, réfléchir ce n’est pas pour nous, que le temps des aventures intellectuelles est révolu. Les codes se fossilisent et creusent un fossé de plus en plus infranchissable entre la citadelle universitaire et la plèbe.
Nous ne pouvons nous y résigner. Nous voulons cogiter et rigoler. Parce que le rire guérit tout. Son jaillissement nous montre que nous avons tous les droits : le droit de nous amuser des doxa, le droit de rire des mensonges, le droit de nous gausser des erreurs. Il ne s’agit pas de prendre à la légère ce à quoi nous consacrons tant d’énergie, mais plutôt de refuser de porter le masque du sérieux pour crédibiliser ce qui n’est qu’une aventure humaine d’un groupe d’amis unis par la même insatiable curiosité et la même joie de vivre. Il n’y a rien de plus disruptif que le rire quand il éclate lors d’un matin gris où les alternatives de notre Vieux Monde semblent avoir été épuisées. Cela tombe bien, nous en avons un nouveau à bâtir et il est temps d’être disruptif sur la forme comme sur le fond.
C’est pour cela que nous avons choisi une charte graphique inspirée des années 70 et des années 80. Déjà parce que la rédaction de Dysruption voit se rencontrer la générations Y qui ont vécu ces années et en gardent une nostalgie douce-amère et la génération Z qui ne les a pas vécues mais entretient à leur égard la même vénération que les Romantiques ressentaient devant les ruines d’Herculanum. Au fond peu importe, les codes de ces années marquent le premier grand basculement. La disruption d’une société pluriséculaire et l’entrée dans une modernité dont nous avons hérité. A l’heure de pratiquer le droit d’inventaire sur le monde que les Baby Boomers et les X-Y-Z nous ont construit, transgresser, subvertir et nous amuser avec ces codes a sans doute tout du comportement de sales gosses iconoclastes à qui on aurait donné accès au coffre à jouet de grand-père. Mais derrière la façade, Rabelais ne nous avait-il pas prévenu : “A plus haut sens interprétez ce que vous eussiez dit de gaîté de coeur” ?
Qui sommes-nous?
Quand des intellos précaires ou non de toutes tendances, de toutes générations et de tous horizons, unis par la même passion : celle de comprendre le monde contemporain pour mieux l’analyser et le décrypter, décident de pratiquer les sciences sociales hors les murs, cela donne Dysruption : la revue qui brise les codes du monde universitaire pour mieux bâtir des ponts avec le grand public.
Depuis 2023, nos équipes œuvrent à faire connaître des travaux en sciences sociales au plus grand nombre par des interviews fleuves et des articles universitaires et s’expriment eux-mêmes sur des sujets qui les tiennent à cœur.



